Pleins feux sur le jihad mondial (27 décembre 2018 – 2 janvier 2019)

Réunion du Président Trump avec les troupes américaines lors de sa visite en Irak (Département de la Défense des États-Unis, 26 décembre 2018)

Réunion du Président Trump avec les troupes américaines lors de sa visite en Irak (Département de la Défense des États-Unis, 26 décembre 2018)

Le drapeau syrien agité par l'armée syrienne. Selon la chaîne d'Al-Mayadeen, les photos ont été prises à l'intérieur de la ville de Manbij, mais il semble que ce soit à la périphérie de la ville (Al-Mayadeen, 28 décembre 2018).

Le drapeau syrien agité par l'armée syrienne. Selon la chaîne d'Al-Mayadeen, les photos ont été prises à l'intérieur de la ville de Manbij, mais il semble que ce soit à la périphérie de la ville (Al-Mayadeen, 28 décembre 2018).

Les forces turques arborent le drapeau turc à la frontière syrienne, non loin de Manbij (Télévision syrienne, 28 décembre 2018)

Les forces turques arborent le drapeau turc à la frontière syrienne, non loin de Manbij (Télévision syrienne, 28 décembre 2018)

Marwan al-Fatih, membre du Conseil démocratique de Syrie, abattu par l'Etat islamique (Zaman al-Wasl, 30 décembre 2018)

Marwan al-Fatih, membre du Conseil démocratique de Syrie, abattu par l'Etat islamique (Zaman al-Wasl, 30 décembre 2018)

Le bus touristique étant retiré du lieu de l'attaque (www.yawmiyetna.com, 31 décembre 2018)

Le bus touristique étant retiré du lieu de l'attaque (www.yawmiyetna.com, 31 décembre 2018)

Principaux évènements
  • Environ deux semaines après l’annonce par le Président Trump du retrait des soldats américains venus de Syrie, l’attention des principaux acteurs de la scène syrienne a été détournée vers l’Est et le Nord de la Syrie. Voici un aperçu de la situation sur le terrain :
    • Dans la ville de Hajin et ses environs, la campagne des FDS contre l’Etat islamique se poursuit, avec le soutien aérien des États-Unis et des pays de la coalition. Les forces des FDS auraient apparemment pris le contrôle de la ville. Selon un article de presse (qui nécessite une vérification), elles auraient commencé à avancer vers le Sud, en direction de la ville d‘Al-Kashmah, au Sud de Hajin. Ce faisant, les FDS menacent de prendre le contrôle de la partie Nord de l’enclave contrôlée par l’Etat islamique. Cette semaine, l’armée de l’air irakienne a également attaqué des cibles de l’Etat islamique dans la partie Sud de l’enclave.
    • La ville de Manbij, contrôlée par les Kurdes, située à l’Ouest de l’Euphrate, suscite une attention politique et militaire considérable à la suite de la déclaration de Trump. Les Kurdes, craignant une action militaire turque contre eux, ont conclu un accord avec le régime syrien aux termes duquel l’armée syrienne entrera dans la ville et les forces kurdes s’en retireront. Une force de l’armée syrienne s’est rendue dans l’une des banlieues de la ville et a brandi le drapeau syrien, mais contrairement à ce qu’a annoncé le porte-parole de l’armée syrienne, la ville est toujours contrôlée par les Kurdes (et les Américains continuent à y rester présents). Selon les médias arabes, un accord turco-russe avait été conclu selon lequel l’armée syrienne ne pénétrerait pas dans la ville et le contrôle de celle-ci serait transféré à une administration civile non affiliée aux forces kurdes (ces informations doivent être vérifiées).
    • Dans la région d’Idlib, les incidents entre l’armée syrienne et les organisations jihadistes se poursuivent, mais leur intensité a diminué (temporairement?). L’intensité a diminué à la lumière du déplacement de l’attention syrienne (et russe) sur l’Est de la Syrie (la vallée de l’Euphrate) et sur la zone située à l’Ouest de l’Euphrate (la ville de Manbij). Cette semaine, des avions russes ont effectué des frappes aériennes inhabituelles contre des cibles jihadistes au Sud-Ouest d’Idlib, à la suite d’une série d’attaques contre l’armée syrienne.
  • Selon les médias arabes, les Américains ont commencé à évacuer leurs soldats de la Syrie vers la région du Kurdistan en Irak. Le Président américain et les porte-parole américains ont transmis des messages rassurants cette semaine. Les messages insistent sur le fait que le retrait se déroulera lentement, de manière contrôlée et coordonnée (quatre mois selon le New York Times, selon des informations émanant de responsables gouvernementaux). Lors de sa visite en Irak, le Président américain a annoncé qu’après le retrait de la Syrie, une présence militaire américaine serait maintenue en Irak, précisant que l’armée de l’air américaine pourrait opérer depuis l’Irak si elle décidait d’attaquer en Syrie. Reuters a rapporté que le département américain de la Défense envisageait d‘utiliser des forces spéciales basées en Irak pour attaquer des membres de l’Etat islamique en Syrie.
  • L’Etat islamique poursuit sa campagne de menace en appelant ses partisans à l’étranger, en particulier les pays occidentaux, à mener des attaques pendant la saison des fêtes. Une attaque à l’arme blanche a bien été perpétrée (Manchester, Grande-Bretagne), qui peut être interprétée comme une attaque inspirée de l’Etat islamique dont l’auteur avait acquiescé aux appels de l’Etat islamique (bien que l’Etat islamique n’en ait pas encore revendiqué la responsabilité). En outre, deux autres attaques terroristes ont été perpétrées, pour lesquelles l’Etat islamique n’a pas revendiqué sa responsabilité : la détonation d’un engin piégé contre un bus touristique dans le secteur des pyramides en Égypte (deux morts et dix blessés) et l’explosion d’un engin piégé dans un centre commercial du Sud des Philippines (deux morts et 28 blessés).
Déclaration du Président Trump au sujet du retrait des forces américaines de Syrie (mise à jour)
  • Au cours d’une visite aux troupes américaines stationnées en Irak (26 décembre 2018), le Président Trump a évoqué sa décision de retirer les troupes américaines de Syrie. S’adressant à des journalistes à la base aérienne d’Al-Assad, à l’Ouest de Bagdad, le Président Trump a déclaré que les États-Unis resteraient en Irak. Il a ajouté que si les États-Unis décidaient d’opérer en Syrie, ils utiliseraient la base aérienne où il se trouvait. Reuters a annoncé qu’un retrait complet des troupes américaines de Syrie laisserait 5 200 membres du personnel militaire américain en Irak. Reuters a également signalé que le département de la Défense américain envisageait d’utiliser des forces spéciales basées en Irak pour attaquer des cibles de l’Etat islamique en Syrie (Reuters, 26 décembre 2018).
  • Le Département de la Défense des États-Unis a également abordé le problème des armes utilisées par le personnel militaire américain en Syrie. Les commandants de l’armée ont recommandé que les forces kurdes combattant l’Etat islamique soient autorisées à conserver les armes américaines en Syrie. Selon l’un des commandants, il serait impossible de rassembler toutes les armes. C’est pourquoi elles devraient être laissées aux mains des combattants kurdes. Cette recommandation fait partie du plan de retrait syrien actuellement en discussion au Département de la défense américain. Le ministère de la Défense devrait recevoir des recommandations du Président Trump d’ici quelques jours (Reuters, 29 décembre 2018)[1].
La région d’Idlib
Poursuite des incidents dans la région d’Idlib de manière moins intense
  • Cette semaine également, des incidents dans la région d’Idlib se sont poursuivis entre l’armée syrienne et les organisations jihadistes. Selon nous, leur intensité a diminué car l’attention du régime syrien s’est déplacée vers l’Est et le Nord (la zone de la ville de Manbij), à la suite de l’annonce du Président Trump.
  • Ci-après les principaux incidents :
    • Le 26 décembre 2018, des membres de la salle des opérations appelée « Réveillez les croyants » (affiliés à Al-Qaeda) ont attaqué plusieurs positions de l’armée syrienne dans la région des montagnes kurdes (Nord-Est de Lattaquié). Plus de 30 soldats de l’armée syrienne auraient été tués et de nombreux autres blessés (Salle d’opération « Réveillez les croyants », 26 décembre 2018).
    • L’armée syrienne a tiré des pièces d’artillerie sur les positions du Siège de Libération d’Al-Sham autour de la ville de Mawrak, à environ 25 km au Nord de Hama. De nombreux membres ont été tués et blessés et les positions fortifiées de l’organisation ont été détruites (SANA, 30 décembre 2018).
    •  Le 31 décembre 2018, la salle des opérations « Réveillez les croyants » a tiré des roquettes Katyusha sur des positions et des postes de commandement de l’armée syrienne à 22 km au Sud de la ville de Jisr Al-Shughur.
  • Les médias russes ont rapporté que le 30 décembre 2018, des avions de combat russes avaient effectué des frappes aériennes inhabituelles contre des cibles dans deux villes situées à l’Ouest de la ville de Jisr Al-Shughur (à environ 30 km au Sud-Ouest d’Idlib). Les frappes aériennes ont eu lieu après une série d’attaques menées par des organisations jihadistes dans la zone rurale située au Nord de Lattaquié, contre des positions de l’armée syrienne et des forces qui la soutenaient. Après les frappes aériennes, l’armée syrienne aurait tiré des roquettes sur la zone située à l’Ouest de Jisr Al-Shughur et sur des routes dans les montagnes kurdes (Enab Baladi, 31 décembre 2018).
Syrie orientale
La campagne de Hajin (exact au 1er janvier 2019)
  • Cette semaine, les combats se sont poursuivis entre l’Etat islamique et les forces de sécurité israéliennes dans la ville de Hadjine et ses environs. Le Président Trump a annoncé que les soldats américains seraient retirés de la Syrie. Le 30 décembre 2018, il a été signalé que les forces des FDS avaient pris le contrôle de tout Hajin (Al-Durar Al-Shamiya, 30 décembre 2018). Les FDS ont repoussé les contre-attaques ISIS. Au même moment, des batailles féroces auraient lieu autour de la ville d’Al-Kashmah, à 11 km au Sud-Est de Hajin. Ainsi, les forces des FDS menacent de prendre le contrôle de la partie Nord de l’enclave contrôlée par l’Etat islamique et de pousser ce dernier vers le Sud, en direction d’Abu Kamal. Les avions de la coalition fournissent toujours un soutien aérien aux forces kurdes, jouant un rôle important dans la campagne des FDS. En outre, l’armée de l’air irakienne continue d’attaquer des cibles de l’Etat islamique dans la région d’Abu Kamal.
  • Les 28 et 30 décembre 2018, les forces des FDS ont attaqué des positions de l’Etat islamique dans la ville de Hajin et ses environs. Les affrontements entre les deux parties ont duré plusieurs heures. Plusieurs membres de l’Etat islamique ont été tués et blessés et les autres ont fui. L’Etat islamique a lancé des contre-attaques mais a été stoppé. Ses membres ont riposté en tirant avec des tireurs d’élite et des obus de mortier. Les forces des FDS ont signalé que des dizaines de membres de l’Etat islamique avaient été tués et de nombreux autres blessés. Les équipes de sapeurs du SDF ont désactivé les mines posées par l’organisation à Hajin et dans les environs. Les avions de la coalition ont effectué des frappes aériennes intensives contre des positions de l’Etat islamique (SDF Press, 28 et 30 décembre 2018). Le 31 décembre 2018, l’organisation a mené des contre-attaques contre les positions des FDS au Sud-Est de Hajin. Quatre membres de l’Etat islamique auraient été tués (ANHA; Observatoire syrien des droits de l’homme, 31 décembre 2018).

Un membre des FDS tire un obus de mortier sur des positions de l'Etat islamique dans la région de Hajin (SDF Press, 30 décembre 2018)
Un membre des FDS tire un obus de mortier sur des positions de l’Etat islamique dans la région de Hajin (SDF Press, 30 décembre 2018)

  • Selon un site d’informations syrien spécialisé dans les reportages sur la région de Deir ez-Zor, les forces des FDS auraient commencé à avancer de la ville de Hajin vers le Sud. Elles auraient repris à l’Etat islamique les villages d’Abu Al-Khater (à environ 2 km au Sud-Est de Hajin) et d’Abu Al-Hassan (à environ 6 km au Sud-Est de Hajin) et se dirigent maintenant vers la ville d’Al-Kashmah (11 km au Sud-Est de Hajin). L’avancée des forces des FDS vers le Sud s’effectue grâce à l’appui aérien de la coalition et aux tirs d’artillerie (Deir ez-Zor 24, 29 décembre 2018). Le 31 décembre 2018, il aurait été fait état de violents combats entre l’Etat islamique et les forces des FDS dans la ville d’Al-Kashmah (compte Twitter Deir ez-Zor 24, 31 décembre 2018).
Frappes aériennes de l’armée irakienne
  • Le 31 décembre 2018, des avions de combat irakiens ont lancé plusieurs raids aériens contre des positions et des bâtiments de l’Etat islamique dans le village d’Al-Susah, à environ 7 km au Nord-Est d’Abu Kamal (Compte Twitter 24; compte Al-Arabiya Al- Hadath TV, 31 décembre 2018). La veille, le 30 décembre 2018, il a été signalé que des avions de la Coalition avaient également lancé plusieurs raids aériens contre des membres de l’Etat islamique dans le village (Compte Twitter Deir ez-Zor 24, 30 décembre 2018).
Pertes des FDS et de l’Etat islamique
  • Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (SOHR), depuis le début de l’attaque de l’enclave de l’Etat islamique le 10 septembre 2018, un total de 1 050 membres de l’Etat islamique et 565 combattants des FDS ont été tués (Observatoire syrien des droits de l’homme, 30 décembre 2018).
Nord de la Syrie
Lutte pour le contrôle de Manbij à l’Ouest de l’Euphrate
  • Cette semaine, l’attention a été portée sur la lutte pour le contrôle de la ville de Manbij, à l’Ouest de l’Euphrate, dans ce qui semble être le début d’une course à la conquête des territoires contrôlés par les Kurdes. à l’Ouest de l’Euphrate. À la suite de la déclaration du Président Trump et face aux menaces du Président Erdoğan, les Kurdes ont approché le régime syrien et sont parvenus à un accord avec celui-ci, selon lequel l’armée syrienne entrerait à Manbij et les forces kurdes se retireraient de lui. En outre, il a été annoncé que le barrage de Tishreen sur l’Euphrate serait remis au régime syrien[2]. Toutefois, la situation sur le terrain n’est toujours pas claire : un porte-parole de l’armée syrienne a déclaré que l’armée était entrée à Manbij et avait brandi le drapeau syrien. Cependant, il semble que le drapeau ait été agité dans l’une des banlieues de Manbij et que la ville ne soit toujours pas sous le contrôle du régime syrien. De plus, les forces américaines sont toujours présentes dans la ville et les forces kurdes n’ont pas encore été évacuées. En arrière-plan, un accord russo-turc aurait été conclu, aux termes duquel le contrôle de la ville serait confié à une administration civile non affiliée aux forces kurdes.

L'armée syrienne avance vers Manbij et le barrage de Tishreen. Les forces turques (en vert) avancent vers le Nord en direction de Manbij (compte Twitter abduljabbar1612, 30 décembre 2018)
L’armée syrienne avance vers Manbij et le barrage de Tishreen. Les forces turques (en vert) avancent vers le Nord en direction de Manbij (compte Twitter abduljabbar1612, 30 décembre 2018)

  • Un porte-parole des forces armées syriennes a annoncé que l’armée syrienne était entrée dans la ville de Manbij et agissait le drapeau syrien. La Russie et l’Iran ont salué l’annonce faite par la Syrie. De son côté, le Président turc Erdoğan a affirmé que l’annonce du régime syrien n’était qu’une guerre psychologique dépourvue de vérité et a menacé de « donner une leçon aux militants kurdes » (SANA, 28 décembre 2018; Syria TV, 28 décembre 2018; Sputnik, 30 décembre 2018). Les médias occidentaux ont rapporté que l’armée syrienne se trouvait à la périphérie de Manbij, mais qu’il n’y avait aucune preuve photographiée indiquant qu’elle était entrée dans la ville (The Guardian, 28 décembre 2018). Un autre rapport a fait état de la présence d’une force russe près de Manbij (Al-Akhbar, 28 décembre 2018). L’agence de presse Sputnik a publié une photo montrant le drapeau syrien flottant sur le barrage de Tishreen (Sputnik, 30 décembre 2018).
Les forces armées turques en route pour Manbij (Orient News, 30 décembre 2018)   Les forces américaines à Manbij (Chaîne Al-Jazeera, basée sur l'agence syrienne SMART News, 28 décembre 2018).
Droite : Les forces américaines à Manbij (Chaîne Al-Jazeera, basée sur l’agence syrienne SMART News, 28 décembre 2018). Gauche : Les forces armées turques en route pour Manbij (Orient News, 30 décembre 2018)
Rapports d’un accord entre la Russie et la Turquie sur la question de Manbij
  • Le 28 décembre 2018, Reuters a annoncé qu’une force turque et des organisations rebelles soutenues par la Turquie se dirigeaient vers Manbij dans le but de la « libérer ». Selon des reportages, quelque 8 000 combattants de la région de Manbij seraient affiliés à l’Armée syrienne libre, soutenue par la Turquie (Télévision syrienne, 31 décembre 2018; Orient News, 30-31 décembre 2018). Toutefois, selon un rapport de l’agence de presse Khotwa du 30 décembre 2018, la Turquie a ordonné aux organisations rebelles qui lui sont affiliées de se retirer des environs de la ville de Manbij. Selon le rapport, à l’issue d’une réunion entre représentants russes et turcs, il a été convenu que la Turquie ne lancerait pas d’opération militaire dans la vallée orientale de l’Euphrate. Selon des reportages sur Al-Jazeera, lors de la réunion, les Russes et les Turcs sont parvenus à un accord sur la manière de gérer la situation à Manbij. Selon l’accord, l’armée syrienne n’entrera pas dans la ville et son contrôle sera transféré à une administration civile non affiliée à une entité militaire kurde. Selon l’accord, l’opposition syrienne soutenue par la Turquie (à savoir les organisations rebelles affiliées à la Turquie) présentera des candidats à l’administration de la ville (Al-Jazeera, 31 décembre 2018).
  • Selon nous, il est possible que l’accord en question ait été conclu lors d’une réunion organisée en Russie le 29 décembre 2018 entre le ministre russe de la Défense, Sergey Shoygu, et le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlüt Çavuşoğlu. Le ministère russe de la Défense a annoncé que les deux ministres avaient discuté de questions liées à la situation en Syrie, notamment du retrait des forces américaines de la Syrie et de la situation à Idlib. Au début de la réunion, le ministre russe de la Défense a déclaré: « C’est une excellente occasion de discuter de la situation à Idlib, des zones de non escalade, des accords conclus à Istanbul, des mesures prises à la suite de ces accords et de la situation à l’Est de l’Euphrate » (Site Internet du ministère de la Défense de la Russie, 29 décembre 2018).
Assassinat d’un haut responsable kurde par l’Etat islamique
  • L’Etat islamique a revendiqué l’assassinat de Marwan al-Fatih, un haut commandant des FDS (Province d’Al-Sham – Al-Hasakah, 30 décembre 2018). Selon des sources kurdes, il aurait été tué par balle alors qu’il circulait sur une route reliant Deir ez-Zor à Al-Hasakah (Kurdistan 24, 24 décembre 2018). Il était membre du Conseil démocratique de Syrie, le bras politique des FDS. Marwan al-Fatih a occupé d’autres postes de responsabilité dans les institutions kurdes du Nord-Est de la Syrie (Zaman al-Wasl, 30 décembre 2018).
Sud de la Syrie

Mort à Daraa d’un haut responsable des Gardiens de la religion

  • Abu Julaybib al-Urduni (un Jordanien; son vrai nom est Iyad al-Tubasi) a récemment été tué dans la région de Daraa alors qu’il tentait de franchir illégalement la frontière jordanienne[3]. Il était accompagné de trois autres membres. Abu Julaybib le Jordanien, était l’un des principaux commandants de l’organisation Gardiens de la Religion, affiliée à Al-Qaïda et qui faisait à l’origine partie du Siège de Libération d’Al-Sham[4]. Il est venu de Daraa depuis la région d’Idlib , la zone centrale de l’organisation des Gardiens de la religion. L’organisation des Gardiens de la religion a publié un avis de décès.

Abu Julaybib, haut responsable de l'organisation des Gardiens de la religion, tué lors d'une tentative d'infiltration de Daraa en Jordanie (Agence de presse Mu'ta, affiliée à l'Etat islamique, 28 décembre 2018)
Abu Julaybib, haut responsable de l’organisation des Gardiens de la religion, tué lors d’une tentative d’infiltration de Daraa en Jordanie (Agence de presse Mu’ta, affiliée à l’Etat islamique, 28 décembre 2018)

Principaux développements en Irak
Activités de terrorisme et de guérilla de l’Etat islamique
  • Ci-après, les principales activités terroristes menées par l’Etat islamique cette semaine (sur la base de la revendication de responsabilité de l’Etat islamique) :
  • Province de Diyala :
    • Des membres de l’Etat islamique ont attaqué un poste de police irakien à l’Ouest de la ville de Khanaqin (28 décembre 2018). Selon les dires de responsabilité de l’Etat islamique, un policier aurait été tué et un autre blessé. L’avant-poste a été incendié et les munitions et le matériel ont été détruits (Irak – Province de Diyala, 29 décembre 2018).
    • Le 28 décembre 2018, des membres de l’Etat islamique ont tiré des obus de mortier sur une position de l’armée irakienne à environ 60 km au Nord de Baqubah. Aucune victime n’a été signalée (Irak – Province de Diyala, 29 décembre 2018).
  • Province de Salah al-Din: l’Etat islamique a annoncé que ses membres avaient attaqué deux maisons « d’agents » du gouvernement irakien affiliés à la mobilisation populaire, à l’Est de la ville de Samarra. Deux « agents » ont été tués (Irak – Province de Diyala, 29 décembre 2018).
Activités des forces de sécurité irakiennes
  • Voici les principales activités menées par les forces de sécurité irakiennes cette semaine (selon les médias irakiens) :
    • La direction du renseignement de l’armée irakienne a découvert un atelier de fabrication de missiles guidés à Al-Qaim, dans la province d’Al-Anbar (près de la frontière irako-syrienne). L’armée y aurait trouvé 13 missiles guidés, 13 réservoirs d’oxygène, trois rampes de lancement pour missiles et des explosifs. Les équipes de sapeurs ont fait exploser les armes (Al-Sumaria, 27 décembre 2018).
    • Les forces de sécurité irakiennes ont localisé et détruit six cachettes de membres de l’Etat islamique dans le district d’Al-Hawija, à 51 km à l‘Ouest de Kirkouk (Agence de presse irakienne, 31 décembre 2018).
    • Les forces de sécurité irakiennes ont lancé une opération visant à localiser les groupes de l’Etat islamique dans la province de Diyala (Nord-Est) (à environ 78 km au nord-est de Bagdad). Ces escadrons sont chargés de faire exploser des engins piégés et de mener des attaques terroristes dans la région (Iraqi News Agency, 31 décembre 2018).
    • Les avions de la coalition ont effectué une frappe aérienne contre une cachette de l’Etat islamique à environ 45 km au Sud-Ouest de Kirkouk, sur la base de renseignements fournis par les forces de sécurité irakiennes. Six membres de l’Etat islamique ont été tués (Iraqi News Agency, 30 décembre 2018).
    • Les forces de sécurité irakiennes ont localisé une cachette contenant des dizaines d’engins piégés à environ 12 km au Nord-Est de Falloujah, dans la province d’Al-Anbar. Les engins piégés ont explosé de manière contrôlée (Iraqi News Agency, 30 décembre 2018).
    • La mobilisation populaire (milices chiites affiliées à l’Iran) et les forces de sécurité irakiennes ont lancé une opération visant à localiser les membres de l’Etat islamique dans la région de Tikrit, dans la province de Salah al-Din (Al-Hashed.net, 30 décembre 2018).
L’Egypte la péninsule du Sinaï
Explosion d’un engin piégé contre un autobus de touristes à Gizeh
  • Le 28 décembre 2018, un engin piégé a été activé à Gizeh, à environ 5 km au Sud-Ouest du Caire (dans la zone des pyramides). Un bus touristique qui passait là a été touché. Deux touristes vietnamiens ont été tués et dix ont été blessés. Le chauffeur de bus et un représentant de la société de tourisme, tous deux résidents locaux, figuraient parmi les blessés (Compte Twitter du ministère égyptien de l’Intérieur, 28 décembre 2018). Jusqu’à présent, aucune réclamation de responsabilité par l’Etat islamique n’a été publiée.
Attaques de l’Etat islamique au Nord du Sinaï
  • La Province du Sinaï a revendiqué la destruction d’un véhicule militaire à un poste de contrôle de l’armée égyptienne au sud de Sheikh Zweid. Selon la demande de responsabilité de l’Etat islamique, tous les passagers du véhicule auraient été tués ou blessés (Province du Sinaï de l’Etat islamique, 29 décembre 2018). Le porte-parole de l’armée égyptienne a nié l’existence d’un tel incident (Al-Masry Al-Youm, 29 décembre 2018).
Résumé de la campagne des forces de sécurité égyptiennes contre l’Etat islamique en 2018
  • Le site Internet interarabe Bawabat al-Ain a publié une infographie basée sur les annonces de l’armée égyptienne sur ses réalisations dans la guerre contre la province du Sinaï de l’Etat islamique au cours des 11 premiers mois de 2018. Selon l’armée égyptienne, 530 « terroristes » ont été tués et 1000 « terroristes » et suspects d’activités terroristes ont été appréhendés. En outre, les forces de sécurité égyptiennes ont frappé les infrastructures de l’Etat islamique en localisant des explosifs, des motos, des armes, en détruisant des positions et en saisissant des drogues, qui financent apparemment les activités de cet Etat (Bawabat al-Ain, 28 décembre 2018). En dépit de cela, la Province du Sinaï de l’Etat islamique continue de survivre et de mener des activités terroristes et de guérilla contre les forces de sécurité égyptiennes, principalement dans le Nord du Sinaï.
Activités du jihad dans d’autres pays
Attaque à l’arme blanche à Manchester, Angleterre
  • Le 31 décembre 2018, à la veille du Nouvel An, un homme a lancé une attaque à l’arme blanche à la grande gare de Victoria, à Manchester. Trois personnes, dont un policier, ont été blessées. Selon une vidéo publiée dans l’application de messagerie Snapchat, l’attaquant a crié «Allah Akbar» lorsqu’il a été arrêté (The Mirror, 1er janvier 2019). Il a apparemment également crié « Allah Akbar » lors de l’attaque. Selon le producteur de la BBC Sam Clack, présent à la gare lors de l’attaque à l’arme blanche, l’assaillant a déclaré : « Tant que vous continuerez à bombarder ces pays, cela continuera à se produire » (Reuters; CNN, 1er janvier 2019). La revendication de responsabilité de l’agression pour l’agression n’a pas encore été publiée, mais il est possible que cette agression ait été inspirée par l’Etat islamique.
Explosion d’un engin piégé à l’entrée d’un centre commercial dans le Sud de Philippines
  • Le 31 décembre 2018, un engin piégé a explosé à l’entrée d’un centre commercial dans la ville de Cotabato, dans le Sud des Philippines[5]. Deux personnes ont été tuées et 28 ont été blessés. Le commandant de division de l’armée philippine, le général major Cirilito Sobejana, a déclaré que l’engin piégé « porte une signature caractéristique d’une activité inspirée par l’Etat islamique » (Reuters, 31 décembre 2018). À ce jour, aucune réclamation de responsabilité de l’organisation n’a été publiée.

 La scène de l'attaque (Site Internet syria.news, 31 décembre 2018)
 La scène de l’attaque (Site Internet syria.news, 31 décembre 2018)

Activités des provinces de l’Etat islamique dans le monde
  • La fondation Al-Hayat de l’Etat islamique a récemment publié un résumé hebdomadaire du nombre de morts et de blessés parmi les ennemis causés par les provinces à travers le monde (le résumé concerne la période du 20 au 26 décembre 2018). Les nombres de pertes publiés par l’organisation sont exagérés et destinés à des fins de propagande, mais ils fournissent une bonne indication du champ d’activité des provinces de l’Etat islamique dans le monde.
  • Selon le rapport, la plupart des pertes ont été enregistrées en Irak (61). Cela correspond à nos conclusions selon lesquelles l’organisation a récemment multiplié ses attaques terroristes et ses attaques de guérilla en Irak. La Syrie se situe en deuxième position (50), où l’Etat islamique se bat contre les FDS dans la région au Nord d’Abu Kamal, suivie par la Libye (31), l’Afrique de l’Ouest (20), le Sinaï (8), le Khorasan (3) et la Somalie (2).

Résumé de l’activité des provinces de l'Etat islamique dans le monde entier entre le 20 et le 26 décembre 2018 (Al-Hayat Media Foundation, 27 décembre 2018)
Résumé de l’activité des provinces de l’Etat islamique dans le monde entier entre le 20 et le 26 décembre 2018 (Al-Hayat Media Foundation, 27 décembre 2018)

Activités de contreterrorisme
  • Un site d’informations allemand a rapporté l’arrestation d’un citoyen allemand de 18 ans à Hambourg. Selon la police locale, il aurait servi de recruteur pour l’Etat islamique. Il a exploité des médias sociaux, qu’il a également utilisés pour encourager les actes de violence à l’encontre de policiers. Les autorités locales ont confirmé que de nouvelles preuves à charge avaient été découvertes lors d’une perquisition effectuée dans l’appartement du suspect, mais elles ont refusé de divulguer des détails (Deutsche Welle, 23 décembre 2018).
La guerre de propagande
Poursuite de la campagne de l’Etat islamique d’incitation à mener des attaques pendant les fêtes chrétiennes
  • L’Etat islamique et ses partisans continuent de mener une campagne appelant à mener des attaques pendant la saison de Noël. Le public cible principal de ces appels est constitué par les partisans de l’Etat islamique en Occident, auxquels la Russie et la Turquie ont été ajoutées.
Affiche de l'organisation adressée aux "soldats du califat" en Occident et leur demandant de mener des attaques pendant la période de Noël. L'affiche comprend une liste d'églises importantes en Espagne, en Russie, en France, en Belgique, en Turquie, en Australie et ailleurs (Telegram, 30 décembre 2018)   Affiche invitant les partisans de l'Etat islamique à mener des attaques pendant la saison de Noël (Telegram, 29 décembre 2018).
Droite : Affiche invitant les partisans de l’Etat islamique à mener des attaques pendant la saison de Noël (Telegram, 29 décembre 2018). Gauche : Affiche de l’organisation adressée aux « soldats du califat » en Occident et leur demandant de mener des attaques pendant la période de Noël. L’affiche comprend une liste d’églises importantes en Espagne, en Russie, en France, en Belgique, en Turquie, en Australie et ailleurs (Telegram, 30 décembre 2018)
Appel à lancer des attaques en Espagne (Telegram, 30 décembre 2018)    Affiche invitant les Muwahideen ("les gens de l'unité d'Allah", c.-à-d. les partisans et les membres de l'Etat islamique) à mener des attaques contre les "infidèles" à la veille du Nouvel An, sur fond de feux d'artifice et de cocktail Molotov sur les célébrateurs (Telegram, 31 décembre 2018).
Droite : Affiche invitant les Muwahideen (« les gens de l’unité d’Allah », c.-à-d. les partisans et les membres de l’Etat islamique) à mener des attaques contre les « infidèles » à la veille du Nouvel An, sur fond de feux d’artifice et de cocktail Molotov sur les célébrateurs (Telegram, 31 décembre 2018). Gauche : Appel à lancer des attaques en Espagne (Telegram, 30 décembre 2018)

[1] Selon des médias saoudiens, s'appuyant sur des "sources situées dans la partie orientale de l'Euphrate", l'armée américaine a déjà commencé à évacuer ses bases de divers endroits à l'Est de l'Euphrate. Selon ces sources, les États-Unis ne devraient pas laisser leurs armes lourdes aux mains des forces kurdes (Okaz, 31 décembre 2018).
[2] Le barrage de Tishreen sur l'Euphrate a été construit en 1999 pour la production d'électricité. Une centrale électrique, principale source d’alimentation de la ville d’Alep, est située à proximité. Les forces des FDS ont pris le contrôle du barrage le 16 décembre 2015.

[3] Il existe une autre version basée sur les sources médiatiques syriennes. Selon cette version, Abu Julaybib aurait été tué dans une embuscade par les services de sécurité de l'armée syrienne, alors qu'il tentait de retourner à Daraa afin de renouveler le fonctionnement de l'organisation des Gardiens de la religion dans la région (Site Internet de la télévision syrienne, 29 décembre 2018).

[4] A ce sujet, voir notre article (en anglais) du 6 décembre 2017 intitulé : “Fierce dispute between the Headquarters for the Liberation of Al-Sham and Al-Qaeda."

[5] Environ 75% des habitants de la ville de Cotabato sont des musulmans sunnites.