Pleins feux sur le jihad mondial (17 septembre – 3 octobre 2018)

Le Président russe Vladimir Poutine et le Président turc Recep Tayyip Erdoğan lors d'une conférence de presse à la suite de leur réunion à Sotchi (Site Internet du Président russe, 17 septembre 2018)

Le Président russe Vladimir Poutine et le Président turc Recep Tayyip Erdoğan lors d'une conférence de presse à la suite de leur réunion à Sotchi (Site Internet du Président russe, 17 septembre 2018)

Engin piégé attaché à un pylône à haute tension à l'Ouest de Kirkouk (Twitter, 1er octobre 2018)

Engin piégé attaché à un pylône à haute tension à l'Ouest de Kirkouk (Twitter, 1er octobre 2018)

Des membres de l'Etat islamique incendient des maisons de collaborateurs du régime irakien (Province de Kirkouk de l'Etat islamique, 1er octobre 2018)

Des membres de l'Etat islamique incendient des maisons de collaborateurs du régime irakien (Province de Kirkouk de l'Etat islamique, 1er octobre 2018)

Cinq membres de l'Etat islamique qui ont perpétré l'attaque à Ahwaz, avec un drapeau de l'Etat islamique à l'arrière-plan (Iranian Mehr News Agency, 29 septembre 2018)

Cinq membres de l'Etat islamique qui ont perpétré l'attaque à Ahwaz, avec un drapeau de l'Etat islamique à l'arrière-plan (Iranian Mehr News Agency, 29 septembre 2018)

Principaux évènements
  • Le 17 septembre 2018, le Président russe Vladimir Poutine et le Président turc Recep Tayyip Erdoğan se sont rencontrés à Sotchi, en Russie. Les entretiens ont porté sur l’attaque prévue par le régime syrien contre les organisations rebelles dans la région d’Idlib, dont les préparatifs sont presque terminés. Selon l’accord conclu, une zone démilitarisée de 15 à 20 km de large sera créée dans la région d’Idlib, séparant les zones contrôlées par l’armée syrienne des zones contrôlées par les organisations rebelles. Selon l’accord, la zone démilitarisée sera établie d’ici le 15 octobre 2018 et les armes lourdes des organisations rebelles seront retirées le 10 octobre.
  • L’accord de Sotchi marque un tournant dans les contacts entre la Russie, la Turquie et l’Iran pour résoudre la situation à Idlib, après que des différends se soient développés au sommet de Téhéran. La Turquie, qui a réussi à empêcher l’attaque prévue dans la région d’Idlib, semble tirer le meilleur parti de cet accord. Selon nous, ce gain est temporaire, car la possibilité d’une frappe demeure, et les porte-parole du régime syrien l’ont clairement indiqué. Sur le terrain, toutefois, aucun progrès significatif n’a été enregistré dans la mise en œuvre de l’accord. Le Siège de Libération d’Al-Sham et les organisations rebelles parrainées par la Turquie ont clairement indiqué qu’ils n’avaient pas l’intention de retirer leurs forces et leurs armes de la zone démilitarisée et de permettre l’entrée des forces russes et turques.
  • Le 22 septembre 2018, cinq membres armés ont attaqué un défilé des gardes de la révolution iraniens commémorant le 38e anniversaire de la guerre Iran-Irak à Ahwaz, dans le Sud de l’Iran. Au moins 25 personnes ont été tuées et environ 60 autres blessées, en majorité des membres des Gardiens de la révolution. L’Etat islamique a revendiqué la responsabilité de l’attaque. En conséquence, l’Iran a riposté en lançant des missiles et des drones contre des cibles de l’Etat islamique dans la région d’Abu Kamal.
  • Outre le désir de vengeance, l’attaque iranienne visait à transmettre un message dissuasif à l’administration américaine et à ses alliés dans la région. Les dirigeants iraniens ont cherché à exprimer leur volonté de réagir à toute attaque susceptible de compromettre la sécurité nationale et d’utiliser des capacités de missiles avancées en cas d’affrontement militaire futur. Le mois dernier, l’Iran a pris la décision inhabituelle de lancer des missiles balistiques contre le siège du Parti démocratique kurde d’Iran dans le Nord de l’Irak. De plus, de hauts responsables iraniens ont souligné que les missiles étaient destinés à transmettre un message aux ennemis de l’Iran de ne pas essayer de réaliser leurs intentions vis-à-vis de l’Iran.
L’accord russo-turc d’Idlib
L’accord de Sotchi entre la Russie et la Turquie
  • Le 17 septembre 2018, le Président russe Vladimir Poutine et son homologue turc Recep Tayyip Erdoğan se sont rencontrés dans la ville de Sotchi (Russie[1]), afin de régler la situation dans la zone de désescalade d’Idlib. Lors d’une conférence de presse tenue à l’issue de la réunion, Poutine a déclaré que la principale préoccupation de la Russie aujourd’hui était la menace que représentent les forces armées concentrées dans la région d’Idlib sur la province d’Alep et les installations militaires russes en Syrie (Tartous et Hmeymim).
  • Poutine a déclaré que les deux parties avaient décidé de créer une zone démilitarisée d’une largeur de 15 à 20 km le long de la ligne de contact entre les forces du régime syrien et les forces de l’opposition, qui serait mise en place le 15 octobre 2018 au plus tard. Cette mesure est accompagnée du retrait des « forces armées extrémistes » (y compris celles appartenant au Siège de Libération d’Al-Sham) de la zone démilitarisée (qui sera créée, comme le laisse entendre la décision, dans une zone sous le contrôle des organisations rebelles). En outre, sur proposition du Président turc, d’ici au 10 octobre 2018, les armes lourdes, les chars, les lance-roquettes, les fusils et les obus de mortier de tous les groupes d’opposition seront retirés de la zone démilitarisée. La surveillance de la zone démilitarisée sera assurée par des groupes de patrouilles mobiles turcs et des unités de la police militaire russe. En attendant, la Turquie renforcera ses postes d’observation dans la région.

La zone démilitarisée et les différentes zones de contrôle : la zone de contrôle des organisations rebelles, y compris du Siège de Libération d'Al-Sham (en vert); la zone de contrôle de l'armée syrienne et les forces qui la soutiennent (en rouge); la zone démilitarisée convenue entre la Russie et la Turquie (jaune et orange); postes de supervision turcs et russes (indiqués par le drapeau du pays) (Khotwa, 19 septembre 2018)
La zone démilitarisée et les différentes zones de contrôle : la zone de contrôle des organisations rebelles, y compris du Siège de Libération d’Al-Sham (en vert); la zone de contrôle de l’armée syrienne et les forces qui la soutiennent (en rouge); la zone démilitarisée convenue entre la Russie et la Turquie (jaune et orange); postes de supervision turcs et russes (indiqués par le drapeau du pays) (Khotwa, 19 septembre 2018)

  • Selon nous, l’accord russo-turc a empêché le lancement de l’attaque prévue par le régime d’Assad sur la région d’Idlib à ce stade. Toutefois, selon l’évaluation, il ne s’agit que d’un délai temporaire, car le régime syrien s’efforce d’imposer son autorité sur toute la région d’Idlib et de déraciner les organisations rebelles, principalement le Siège de Libération d’Al-Sham, l’organisation dominante jihadiste dans la région. La preuve en est fournie par la déclaration du vice-ministre syrien des Affaires étrangères, Faisal al-Miqdad, qui a annoncé après la signature de l’accord russo-turc que les soldats syriens gagneraient à Idlib et qu’ils viendraient dans la région par la guerre ou par des moyens pacifiques. En outre, il a noté que la souveraineté syrienne serait imposée à l’ensemble de la Syrie (Butulat Al-Jaysh Al-Suri, 25 septembre 2018). Selon une « source de haut rang » du ministère syrien des Affaires étrangères, l’accord n’est que temporaire et fait partie des accords relatifs aux zones à tension réduite dans le cadre des accords liés aux zones concernées par l’Accord d’Astana (Agence de presse syrienne, 18 septembre 2018).
  • Le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid Muallem, a accordé un entretien en marge de la réunion de l’Assemblée générale des Nations unies, dans lequel il a évoqué l’accord russo-turc. Il a déclaré que les « terroristes » qui étaient venus à Idlib l’avaient fait via la Turquie et que les Turcs savaient d’où ils venaient. Par conséquent, selon lui, ils doivent quitter la Syrie et retourner dans leur pays d’origine via la Turquie. En ce qui concerne les « terroristes » syriens, Muallem a indiqué qu’ils pourraient obtenir un pardon, participer au processus de réconciliation locale, remettre leurs armes et retourner chez eux. Il a souligné que le gouvernement syrien préférait que l’accord soit mis en œuvre, tout en soulignant qu’il avait le droit d’utiliser également « d’autres moyens » (RT Arabic, 30 septembre 2018).
Mise en œuvre de l’accord
  • Le Siège de Libération d’Al-Sham a rejeté l’accord. D’autres organisations rebelles se méfient aussi beaucoup de l’accord lui-même et du rôle de la Russie dans sa formulation. Il semble que les rebelles n’aient pas encore retiré leurs forces et leurs armes lourdes de la zone démilitarisée. L’armée syrienne et les forces qui la soutiennent maintiennent un haut niveau d’alerte dans les zones limitrophes de la région d’Idlib et, jusqu’à présent, rien n’indique que les forces syriennes se sont diluées et restent concentrées dans la région en prévision de l’attaque prévue. Aucun déploiement de forces ou de patrouilles de la police militaire russe ou des troupes turques dans la zone tampon n’a été identifié à ce jour, bien que ce soit prévu pour le 15 octobre 2018.
  • Le Président turc Recep Tayyip Erdoğan a annoncé plusieurs jours après l’accord que les organisations rebelles extrémistes à Idlib avaient commencé à quitter la zone démilitarisée et que la police militaire russe et les forces de gendarmerie turques seraient déployées à leur place (Muraselon, 26 septembre 2018). Cependant, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (SOHR), la plupart des organisations rebelles refusent d’accepter la demande turque de retirer les véhicules blindés et les armes lourdes de leurs positions dans la zone démilitarisée.
  • Depuis l’accord de Sotchi, il y a eu un cessez-le-feu fragile dans la région d’Idlib et plusieurs incidents locaux ont été notés entre les organisations rebelles et l’armée syrienne. Les médias du régime syrien ont rapporté que l’armée syrienne avait déjoué une tentative des forces rebelles d’attaquer ses positions dans la zone du village d’Al-Lataminah, située dans la partie Sud de la zone démilitarisée (à 66 km au Sud d’Idlib), considérée comme le fief du Siège de Libération d’Al-Sham. L’armée syrienne a riposté par des tirs d’artillerie, tuant et blessant de nombreux membres des forces rebelles (Télévision syrienne, 26 septembre 2018; Observatoire syrien des droits de l’homme, 30 septembre 2018). L’armée syrienne aurait également tiré des roquettes sur la zone de Jisr al-Shughur, contrôlée par les organisations rebelles (Observatoire syrien des droits de l’homme, 30 septembre 2018) [2].
Poursuite des préparatifs militaires du Siège de Libération d’Al-Sham
  • Malgré l’annonce de l’accord russo-turc, le Siège de Libération d’Al-Sham, l’organisation jihadiste dominante dans la région d’Idlib, a poursuivi son activité militaire pour une éventuelle campagne militaire. Cette activité s’est accompagnée d’une campagne de propagande auprès de la population, la préparant mentalement aux combats contre le régime syrien.
  • Ci-après les principales activités menées par le Siège de Libération d’Al-Sham :
  • Établir trois cadres militaires : Les unités mises en place étaient l’armée Abu Bakr alSiddiq, l’armée Umar bin al-Khattab et l’armée Uthman bin Affan. Ces unités ont été mises en place dans le cadre d’une réorganisation comprenant la mise en place de vastes structures militaires en réunissant des factions et de petites unités de l’armée (Observatoire syrien des droits de l’homme, 30 septembre 2018).
  • Formation du personnel de premiers secours : Le Siège de Libération d’Al-Sham a lancé une campagne visant à former un millier de personnes à l’administration des premiers secours à Jabal al-Zawiya, à 21 km au Sud d’Idlib, en raison du très petit nombre d’équipes médicales dans cette région. Le but de la formation est de permettre le traitement initial des victimes, principalement celles de l’armée syrienne (Ibaa, 30 septembre 2018).
  •  Campagne de propagande intitulée « Life Boat » : La campagne s’est déroulée dans la ville d’Al-Dana, au Nord d’Idlib. Son but était de sensibiliser davantage les jeunes à l’Islam en tant que préparation mentale à la poursuite des combats contre le régime syrien (Ibaa, 27 septembre 2018).

Des membres du Siège de Libération d'Al-Sham patrouillent dans l'un des marchés ouverts de la ville d'Al-Dana dans le cadre de la campagne de propagande de Life Boat (Agence de presse Ibaa, affiliée au Siège de Libération d'Al-Sham, 27 septembre 2018)
Des membres du Siège de Libération d’Al-Sham patrouillent dans l’un des marchés ouverts de la ville d’Al-Dana dans le cadre de la campagne de propagande de Life Boat (Agence de presse Ibaa, affiliée au Siège de Libération d’Al-Sham, 27 septembre 2018)

Réponse de l’Armée syrienne libre à l’accord
  • Le Front de libération nationale de l’Armée syrienne libre, qui est affilié à la Turquie, a distribué un dépliant faisant l’éloge de l’accord conclu à Sotchi. Selon l’organisation, l’accord a permis d’éviter une attaque imminente contre les zones contrôlées par les organisations rebelles, ce qui aurait pu provoquer une crise humanitaire. En outre, il a exprimé sa grande gratitude à la Turquie pour sa « victoire diplomatique », qui protège la cause des forces rebelles et les inclut dans la sécurité nationale turque. Toutefois, le dépliant exprimait une méfiance à l’égard de la Russie, qui selon l’organisation ne respecte pas les accords (Compte Twitter du Front de libération nationale, 22 septembre 2018).
  • Ultérieurement, le Front de libération nationale de l’Armée syrienne libre a annoncé qu’il n’accepterait pas plusieurs clauses de l’accord, même s’il se félicitait de son adhésion. Selon l’annonce, il n’accepte pas le principe selon lequel les forces russes seront autorisées à pénétrer dans la zone démilitarisée, de crainte que les forces syriennes soient ensuite autorisées à y entrer également (Chaîne de télévision syrienne de l’opposition syrienne, 1er octobre 2018).
La campagne dans la région d’As-Suwayda
  • En dépit des déclarations optimistes émises à maintes reprises par le régime syrien, l’armée syrienne doit encore achever la reprise de l’enclave de l’Etat islamique à As-Suwayda. Selon nous, l’armée syrienne a besoin de temps pour avancer en raison des violents combats des membres de l’Etat islamique dans la région. Le terrain volcanique rend également difficile l’avancée des forces syriennes.
  • Selon les médias du régime syrien, l’armée syrienne et les forces qui la soutiennent ont avancé dans la région de Safa, fief de l’Etat islamique. L’armée syrienne s’empare progressivement des tunnels et des grottes utilisées par l’Etat islamique, ainsi que des sources d’eau (Canal Al-Ikhbariya, Syrie, 29 septembre 2018). Le 30 septembre 2018, il a été signalé que des avions de l’armée de l’air syrienne avaient effectué une frappe aérienne dans la région de Safa, tuant Ahmad al-Mutlaq, commandant de l’Etat islamique dans le Sud de la Syrie, et quatre de ses escortes (Al-Masdar News, 30 septembre 2018). D’autre part, le brigadier général Walid Kurdi, commandant des forces spéciales de l’Armée de libération palestinienne (contrôlée par la Syrie), aurait été tué lors des affrontements avec l’Etat islamique (Institut d’études stratégiques syriens NORS, 25 septembre 2018).
Tirs d'artillerie de l'armée syrienne sur des cibles de l'Etat islamique dans la région de Safa   Char de l'armée syrienne pendant les combats dans la région de Safa (Télévision syrienne, 26 septembre 2018).
Droite : Char de l’armée syrienne pendant les combats dans la région de Safa (Télévision syrienne, 26 septembre 2018). Gauche : Tirs d’artillerie de l’armée syrienne sur des cibles de l’Etat islamique dans la région de Safa
Syrie orientale

Poursuite de l’offensive des FDS contre l’Etat islamique au Nord d’Abu Kamal

  • L’attaque lancée par les FDS le 10 septembre 2018 contre les avant-postes de l’Etat islamique au Nord d’Abu Kamal se poursuit. L’Etat islamique a mené plusieurs contre-attaques en utilisant des voitures piégées. Plusieurs villages ont été repris par les FDS. Cependant, les combats se poursuivent dans les principaux postes avancés de l’Etat islamique.
  • Ci-après les principales zones de combat :
    • Le village d’Al-Baghouz Fawqani (à l’Est d’Abu Kamal) : Après dix jours de combats, les forces des FDS ont repris le village le 22 septembre 2018. La reprise a été réalisée avec le soutien de l’artillerie et de l’air de la coalition (Enab Baladi, 17 septembre 2018). Les membres de l’Etat islamique ont organisé une contre-attaque au cours de laquelle 25 membres ont été tués (Spoutnik en arabe, 23 septembre 2018).
    •  Contre-attaque de l’Etat islamique contre le village d’Al-Baghouz Fawqani : Le 29 septembre 2018, l’Etat islamique a lancé une contre-attaque au cours de laquelle deux voitures piégées ont été détruites et quatre membres de l’Etat islamique ont fait exploser leur ceinture piégée. L’Etat islamique a revendiqué la responsabilité de l’attaque (Province de Barakah de l’Etat islamique, 29 septembre 2018). Les deux parties ont continué à échanger des tirs d’artillerie et à faire des victimes (Observatoire syrien des droits de l’homme, 29 septembre 2018). 
    • Al-Shajalah (Nord d’Al-Baghouz Fawqani) : Le 25 septembre 2018, les FDS ont repris le village d’Al-Shajalah, au Nord d’Al-Baghouz Fawqani. De nombreux membres de l’Etat islamique auraient été tués et les autres ont pris la fuite. Une grande quantité d’armes et de munitions a été trouvée à cet endroit. Les équipes de démineurs des FDS ont épongé le village et neutralisé les mines (FDS Media Center, 25 septembre 2018).
    • Al-Susah (Nord d’Al-Shajalah) : Fin Septembre 2018, des affrontements ont eu lieu dans le village d’Al-Susah entre l’Etat islamique et les FDS, apparemment sans qu’aucune des deux parties ne prenne le dessus. Le 26 septembre 2018, des membres de l’Etat islamique ont attaqué les positions des forces des FDS et ont tué huit combattants. Trois autres combattants ont été tués quand un missile antichar a frappé leur véhicule (Entretien avec un journaliste de l’Euphrate Post sur le site Internet Orient News du 26 septembre 2018).
    •  Les villages d’Al-Sha’fah et de Hajin, les principales places fortes de l’Etat islamique au Nord d’Abu Kamal : Les forces des FDS ont attaqué des cibles dans la région d’Al-Sha’fah avec le soutien de l’artillerie de l’armée syrienne (Compte Twitter Deir ez-Zor 24, 24 septembre 2018). Ainsi, l’armée syrienne s’est jointe à la campagne contre l’enclave de l’Etat islamique au Nord d’Abu Kamal, bien qu’indirectement et à une échelle limitée. Dans la région de Hajin, où se trouve probablement le commandement régional de l’Etat islamique, des affrontements se sont poursuivis entre l’organisation et les forces des FDS.
Un véhicule et un bulldozer des forces des FDS prenant part aux combats au Nord d'Abu Kamal (SDF Media Center, 28 septembre 2018)   Principaux sites de bataille au Nord d'Abu Kamal : Al-Baghouz Fawqani (1); Al-Shajalah (2); Al-Susah (3); Al-Sha'fah (4); Hajin (5) (Wikimapia).
Droite : Principaux sites de bataille au Nord d’Abu Kamal : Al-Baghouz Fawqani (1); Al-Shajalah (2); Al-Susah (3); Al-Sha’fah (4); Hajin (5) (Wikimapia). Gauche: Un véhicule et un bulldozer des forces des FDS prenant part aux combats au Nord d’Abu Kamal (SDF Media Center, 28 septembre 2018)

Démantèlement d’un réseau de l’Etat islamique à Al-Raqqah

  • Le 29 septembre 2018, les forces de sécurité intérieure des FDS ont découvert un réseau de l’Etat islamique à Al-Raqqah (l’ancienne « capitale » de l’Etat islamique en Syrie). Des membres de la sécurité intérieure ont fait irruption dans deux appartements de la ville, tué deux membres de l’Etat islamique et en ont arrêté cinq autres. Des grenades, des armes de poing et des explosifs ont été trouvés dans les appartements. Une voiture piégée a été trouvée à proximité, ainsi qu’une grande quantité d’armes et de mines plantées dans le sol. Les membres du réseau avaient prévu de mener des attaques aux alentours d’Al-Raqqah (Reuters, 30 septembre 2018).
Principaux développements en Irak
Activités de l’Etat islamique
  • Les principales opérations menées par l’Etat islamique en Irak sont les suivantes :
    • Explosion d’un pylône haute tension à environ 55 km à l’ouest de Kirkuk (Iraqi News, 20 septembre 2018). Les forces de sécurité irakiennes ont désactivé un engin piégé attaché à un pylône à haute tension à l’Ouest de Kirkouk (Twitter, 1er octobre 2018)

Engin piégé attaché à un pylône à haute tension à l'Ouest de Kirkouk (Twitter, 1er octobre 2018)
Engin piégé attaché à un pylône à haute tension à l’Ouest de Kirkouk (Twitter, 1er octobre 2018)

  • Incendie de maisons de collaborateurs du régime irakien au Sud de Kirkouk. Des membres de l’Etat islamique ont incendié les maisons d’un mukhtar (chef de village) et d’un autre homme qui aurait servi d’agent du régime irakien (Province de Kirkouk de l’Etat islamique, 1er octobre 2018).
  • Explosion de deux minibus à l’aide d’engins piégés dans la région d’Al-Sha’ab, au Nord de Bagdad. Un homme a été tué et quatre autres ont été blessés (Iraqi News Agency, 1er octobre 2018). Jusqu’à présent, l’Etat islamique n’a pas revendiqué la responsabilité de l’attaque, mais il est raisonnable de présumer que ses membres en étaient responsables.
  • Détonation d’engins piégés contre des véhicules des forces de sécurité irakiennes (30 septembre 2018) au Sud-Est de Samarra (Nord de Bagdad), à l’Ouest de Kirkouk et au Sud de Mossoul.
Activités antiterroristes des forces de sécurité irakiennes
  • Au cours des deux dernières semaines, les forces de sécurité irakiennes ont mené une intense activité antiterroriste, appuyée par la Coalition internationale. Voici les principales opérations (selon les médias irakiens):
    • Frappes aériennes et attaques au sol contre des membres de l’Etat islamique:
    • Six membres de l’Etat islamique ont été tués dans une frappe aérienne à l’Ouest de Kirkuk. Trois membres de l’Etat islamique ont été tués par les forces de Mobilisation populaire dans la province de Salah Al-Din. Les forces de sécurité irakiennes ont tué 15 membres de l’Etat islamique dans un tunnel situé près de la frontière irako-syrienne. L’avion de l’armée de l’air irakienne a tué plusieurs membres de l’Etat islamique dans la province de Salah Al-Din. L’armée irakienne a tué quatre membres de l’Etat islamique dans la province de Mossoul. Les forces de Mobilisation populaires ont tué trois membres de l’Etat islamique et détruit trois motos près de la frontière irako-syrienne. Une force de police irakienne a arrêté huit membres de l’Etat islamique à l’Est de Mossoul. Une force de la police fédérale irakienne a tué 18 membres de l’Etat islamique au Sud-Ouest d’Irbil.
    • Destruction de tunnels : Des avions de combat de la Coalition internationale effectuant des frappes aériennes, ont visé trois véhicules blindés et un tunnel de l’Etat islamique et tué plusieurs de ses membres dans la région de Rawa (près de la frontière entre l’Irak et la Syrie), à ​​environ 80 km à l’Est d’Al-Qaim. L’aviation irakienne a détruit six tunnels à environ 200 km au Nord-Ouest de Bagdad. Dix engins piégés ont été trouvés dans les tunnels. Lors d’une opération menée dans les zones désertiques entre la province d’Al-Anbar et les provinces de Salah Al-Din et de Ninive, l’armée irakienne a détruit 16 tunnels de l’Etat islamique. Les membres qui se trouvaient à l’intérieur ont été tués et des dizaines d’engins piégés et d’explosifs ont été désactivés.
    • Des uniformes des forces de sécurité irakiennes ont été trouvés : Des membres des forces de Mobilisation populaire ont retrouvé des uniformes des forces de sécurité irakiennes dans une cachette de l’Etat islamique dans les montagnes Hamrin, au Nord-Est et au Nord-Ouest de Baqubah. Ces uniformes ont été utilisés par les membres de l’Etat islamique lors de la mise en place de simulacres de contrôles, où des personnes ont été enlevées et assassinées (Al-Sumaria News, 25 septembre 2018).

Exécution de chef adjoint de l’Etat islamique

  • Ismail Alwan Salman al-Ithawi, qui était l’assistant personnel du chef de l’Etat islamique Abu Bakr al-Baghdadi, a été condamné à mort par pendaison par un tribunal irakien. Al-Ithawi, qui s’est enfui en Syrie et de là en Turquie, a été capturé lors d’une opération de renseignement menée en coordination avec la Turquie. Al-Ithawi a été l’assistant personnel du leader de l’Etat islamique, Abu Bakr al-Baghdadi, chargé du transfert des fonds sur les comptes bancaires de l’organisation dans plusieurs pays. Les agents de renseignement irakiens ont utilisé l’application Telegram installée sur son téléphone portable pour inciter Ismail al-Ithawi (et quatre autres commandants de l’Etat islamique) à venir de Syrie en Irak (Reuters, 10 mai 2018) [3].

Ismail Alwan al-Ithawi, l'un des cinq principaux commandants de l'Etat islamique capturés par l'armée irakienne (Al-Alam, Iran, 11 mai 2018)
Ismail Alwan al-Ithawi, l’un des cinq principaux commandants de l’Etat
islamique capturés par l’armée irakienne (Al-Alam, Iran, 11 mai 2018)

La péninsule du Sinaï et l’Egypte
Armement de tribus du Sinaï pour lutter contre l’Etat islamique
  • Dans le cadre des combats contre l’Etat islamique, l’armée égyptienne a commencé à tirer parti de sa familiarité des tribus du Sinaï et à les armer. Les membres des tribus patrouillent dans la péninsule du Sinaï et fournissent des renseignements. Ils ont également érigé des points de contrôle (Fox News, 27 septembre 2018).
Membres armés des tribus du Sinaï conduisant des véhicules tout-terrain (Page Facebook Sinaï Tribal Union, 27 septembre 2018)   Jabal al-Halal (Google Maps).
Droite : Jabal al-Halal (Google Maps). Gauche: Membres armés des tribus du Sinaï conduisant des véhicules tout-terrain (Page Facebook Sinaï Tribal Union, 27 septembre 2018)
Activités du jihad dans d’autres pays
Attentat à Ahwaz, en Iran, lors d’une cérémonie marquant l’anniversaire de la guerre Iran-Irak
  • Le 22 septembre 2018, cinq hommes armés d’armes légères ont attaqué les sièges réservés aux personnalités et les gardes de la révolution iranienne participant à un défilé militaire marquant le 38e anniversaire de la guerre Iran-Irak à Ahwaz, dans le Sud-Ouest de l’Iran. Au moins 25 personnes ont été tuées et environ 60 autres blessées, en majorité des membres des Gardiens de la révolution iranienne.
  • Les organisations séparatistes à Ahwaz ont rapidement revendiqué la responsabilité de l’attaque. Le ministère iranien de la Défense a annoncé (le 24 septembre 2018) que ses auteurs appartenaient à des organisations terroristes soutenues par des pays arabes (Agence de presse Tasnim, 22-25 septembre 2018). À la suite de la revendication de responsabilité de l’Etat islamique, l’Iran a riposté en tirant des missiles sur ses cibles dans la région d’Abu Kamal (voir ci-dessous).
Corps de soldats tués lors de l'attaque (compte Twitter shabnamnezami @ ShabnamNezami, 22 septembre 2018)   Militaires iraniens et civils fuyant la zone de l'attaque (Agence de presse Tasnim, 22 septembre 2018).
Droite : Militaires iraniens et civils fuyant la zone de l’attaque (Agence de presse Tasnim, 22 septembre 2018). Gauche : Corps de soldats tués lors de l’attaque (compte Twitter shabnamnezami @ ShabnamNezami, 22 septembre 2018)

Membres des forces de sécurité iraniennes, les sièges réservés aux personnalités et une partie du parcours du défilé militaire peu après l'attaque (Agence de presse Tasnim, 24 septembre 2018)   Membre des gardes de la révolution iranienne aidant à évacuer l'un des blessés (Fars News, 22 septembre 2018).
Droite : Membre des gardes de la révolution iranienne aidant à évacuer l’un des blessés (Fars News, 22 septembre 2018). Gauche : Membres des forces de sécurité iraniennes, les sièges réservés aux personnalités et une partie du parcours du défilé militaire peu après l’attaque (Agence de presse Tasnim, 24 septembre 2018)

  • L’organisation a lancé une campagne visant à tirer profit de la propagande :
    • L’agence Amaq News Agency a déclaré que ses agents avaient attaqué une zone de rassemblement des forces iraniennes à Ahwaz, dans le Sud-Ouest de l’Iran. Selon la déclaration initiale, le Président iranien était présent. Le même jour, une correction a été émise indiquant que le Président iranien n’était pas présent (Agence Amaq News, 22 septembre 2018).
    • Une autre déclaration publiée par la province de Khorasan de l’Etat islamique a indiqué qu’une équipe de membres avait attaqué le défilé de Basij, de l’armée iranienne et des forces des gardiens de la révolution iranienne à Ahwaz. Des membres de l’Etat islamique ont ouvert le feu à l’arme automatique, faisant plus de 40 morts et 60 blessés. La revendication de responsabilité se terminait par une menace : « Nous disons aux chiites que nous nous sommes engagés à venger les sunnites [musulmans] d’Irak, de Syrie, du Yémen et du Khorasan [Afghanistan et Pakistan]. Bientôt, vous récolterez les fruits de votre tyrannie. Nous vous guetterons et ce qui vous arrivera sera pire et plus amer, avec l’aide d’Allah » (Province du Khorasan de l’Etat islamique du 22 septembre 2018).
    • Le 23 septembre 2018, l’agence de presse Amaq a publié une vidéo montrant trois des auteurs présumés se rendant sur les lieux du massacre. Un des membres porte un uniforme de l’armée iranienne et loue le jihad. Le deuxième agent, parlant en arabe, porte un bonnet de visière des Gardiens de la révolution iranienne et déclare qu’il a obéi à l’appel d’Allah. Le troisième membre, parlant en farsi et portant également une casquette des Gardiens de la révolution iranienne, a déclaré qu’il espérait que de nombreux Gardes de la révolution et des membres des forces de sécurité et du gouvernement iraniens soient tués dans l’attaque (Agence de presse Amaq, 23 septembre 2018).
    • Le 26 septembre 2018, la Fondation médiatique Al-Furqan de l’Etat islamique a publié un enregistrement intitulée « L’attaque des monothéistes à la forteresse des polythéistes » [cf., les chiites]. La voix sur la bande est celle du porte-parole de l’Etat islamique, Abu al-Hassan al-Muhajir, qui fait référence à l’attaque d’Ahwaz, notant qu’elle ne sera pas la dernière. Il note également que cette attaque démontre la fragilité de la sécurité iranienne, qu’il assimile à une toile d’araignée. Al-Muhajir menace que « ce qui va arriver [plus tard] sera plus amer et plus difficile » (SITE, 26 septembre 2018).
Réponse iranienne : acte de vengeance contre des cibles de l’Etat islamique dans la région d’Abu Kamal
  • Le 1er octobre 2018, le service des relations publiques de l’IRGC a annoncé que les forces des gardes de la révolution avaient attaqué des « groupes armés » à l’Est de l’Euphrate (région d’Abu Kamal) avec six missiles balistiques. L’attaque a eu lieu à la suite des incidents survenus à Ahwaz. Il a été signalé que les missiles lancés étaient des missiles balistiques Zulfaqar d’une portée maximale de 700 km et des missiles balistiques Qiam d’une portée maximale de 800 km. Les missiles portaient les inscriptions « Mort aux Etats-Unis », « Mort à Israël » et « Mort à l’Arabie Saoudite ». Immédiatement après l’attaque, sept drones militaires ont été lancés, visant des cibles terroristes (Agence de presse Tasnim, 1er octobre 2018).
Lancement d'un missile balistique par les Gardiens de la révolution iranienne sur le siège d'Abu Kamal (Agence de presse Tasnim, 1er octobre 2018)   La zone située au Nord d'Abu Kamal où, selon les Iraniens, se trouvent les quartiers généraux des auteurs de l'attaque à Ahwaz.
Droite : La zone située au Nord d’Abu Kamal où, selon les Iraniens, se trouvent les quartiers généraux des auteurs de l’attaque à Ahwaz. Gauche : Lancement d’un missile balistique par les Gardiens de la révolution iranienne sur le siège d’Abu Kamal (Agence de presse Tasnim, 1er octobre 2018)
  • L’attaque iranienne aurait tué huit membres de l’Etat islamique et / ou des membres de leur famille (Observatoire syrien des droits de l’homme, 2 octobre 2018).
  • L’attaque au missile peut être considérée comme la concrétisation des menaces proférées par de hauts responsables iraniens pour venger l’attentat terroriste. Parallèlement au désir de vengeance, la réponse iranienne visait à transmettre un message dissuasif aux États-Unis, à l’Arabie saoudite et à Israël à la lumière des pressions croissantes exercées sur lui par l’administration américaine et ses alliés dans la région. Les dirigeants iraniens ont cherché à exprimer leur volonté de réagir à toute attaque susceptible de compromettre leur sécurité nationale et d’utiliser leurs capacités avancées en matière de missiles. Le mois dernier, l’Iran a pris la décision inhabituelle de lancer des missiles balistiques sur le siège du Parti démocratique kurde d’Iran dans le Nord de l’Irak. De plus, de hauts responsables iraniens ont souligné que les missiles étaient destinés à transmettre un message aux ennemis de l’Iran de ne pas essayer de réaliser leurs intentions vis-à-vis de l’Iran.
Activités préventives
Afghanistan
  • Vingt-six membres de l’Etat islamique qui prévoyaient de lancer des attaques le jour de l’Ashura ont été arrêtés à Kaboul. Les arrestations ont été effectuées par la Direction des services de renseignement afghans (www.khaama.com, 18 septembre 2018). Ashura est un jour de deuil observé par les chiites à la mémoire de l’imam Hussein bin Ali, tué lors de la bataille de Karbala (680 de notre ère).
Allemagne
  • La police allemande a arrêté à Berlin un Syrien de 21 ans d’origine palestinienne à Berlin. Il est soupçonné d’avoir prévu de mener une attaque chimique en Israël et de recruter des agents pour le compte de l’Etat islamique. Selon le site Internet du journal allemand Bild, le service de renseignement allemand (BND) a reçu des informations d’un service de renseignement étranger sur le détenu, qui avait quitté la Libye pour se rendre en Allemagne et était entré dans le pays (Mail Online, 28 septembre 2018).
Pays-Bas
  • Le 27 septembre 2018, la police néerlandaise a arrêté sept personnes qui envisageaient de mener des attaques lors d’événements de masse en Europe. Le chef du réseau serait Irakien (The Washington Post, 28 septembre 2018). L’identité des détenus n’est toujours pas claire.

[1] Cette réunion, à l'instar d'autres réunions récentes, s'est tenue à la suite du sommet politique de Téhéran (7 septembre 2018) entre la Russie, la Turquie et l'Iran (les pays en charge du maintien du cessez-le-feu en Syrie). Lors d’une réunion à Téhéran, des divergences d’opinion ont éclaté entre les trois pays
[2] L’Etat islamique et le Parti islamique du Turkestan en Syrie (les membres ouïghours d'origine chinoise) ont annoncé qu'ils avaient pris le contrôle de la région de Jisr al-Shughur. Cette zone est située dans la zone démilitarisée au Sud-Ouest d'Idlib (Spoutnik, 29 septembre 2018).

[3] A ce sujet, voir notre article (en anglais) du 16 mai 2018 intitulé " “Five senior ISIS commanders captured in a combined Turkish, American and Iraqi intelligence operation.”