Pleins feux sur le jihad mondial (12-18 novembre 2015)

Pleins feux sur le jihad mondial

Pleins feux sur le jihad mondial

Ruines à Al-Raqqah résultant des frappes aériennes de l'aviation russe (Akhbar al-Muslimeen, 14 novembre 2015)

Ruines à Al-Raqqah résultant des frappes aériennes de l'aviation russe (Akhbar al-Muslimeen, 14 novembre 2015)

Les trois membres du Hezbollah apparus sur les vidéos publiées par le Front al-Nusra (Site Internet de partage de fichiers archive.org, 14 novembre 2015)

Les trois membres du Hezbollah apparus sur les vidéos publiées par le Front al-Nusra (Site Internet de partage de fichiers archive.org, 14 novembre 2015)

Le présentateur de la vidéo publiée par Jund al-Aqsa avec un membre armé à ses côtés (Compte Twitter officiel de Jund al-Aqsa, 13 novembre 2015)

Le présentateur de la vidéo publiée par Jund al-Aqsa avec un membre armé à ses côtés (Compte Twitter officiel de Jund al-Aqsa, 13 novembre 2015)

Positions de l'armée syrienne reprises par Jund al-Aqsa au Sud-Est de Morek (Compte Twitter officiel de Jund al-Aqsa, 13 novembre 2015).

Positions de l'armée syrienne reprises par Jund al-Aqsa au Sud-Est de Morek (Compte Twitter officiel de Jund al-Aqsa, 13 novembre 2015).

Abu Ali al-Baridi, alias

Abu Ali al-Baridi, alias "l'oncle", le commandant de la Brigade Shuhada al-Yarmouk, qui a prêté serment au chef de l'Etat islamique Abu Bakr al-Baghdadi et vient d'être éliminé par le Front al-Nusra (Elaph, 16 novembre 2015)

Tirs de roquettes sur les bases de l'armée irakienne au Nord de Ramadi

Tirs de roquettes sur les bases de l'armée irakienne au Nord de Ramadi

La scène des attaques dans le quartier de Burj al-Barajneh, dans la banlieue chiite du Sud de Beyrouth, contrôlée par le Hezbollah (Al-Manar, 12-13 novembre 2015)

La scène des attaques dans le quartier de Burj al-Barajneh, dans la banlieue chiite du Sud de Beyrouth, contrôlée par le Hezbollah (Al-Manar, 12-13 novembre 2015)

Le présentateur de la vidéo, qui a menacé de mener des actions punitives contre Israël à Eilat  (Um Rashrash) (Akhbar al-Muslimeen, 10 novembre 2015)

Le présentateur de la vidéo, qui a menacé de mener des actions punitives contre Israël à Eilat (Um Rashrash) (Akhbar al-Muslimeen, 10 novembre 2015)

Le haut responsable de l'Etat islamique en Libye Wissam Abd al-Zubaydi, alias Abu Nabil al-Anbari, tué dans une élimination ciblée (nahrainnet.net, 10 novembre 2015)

Le haut responsable de l'Etat islamique en Libye Wissam Abd al-Zubaydi, alias Abu Nabil al-Anbari, tué dans une élimination ciblée (nahrainnet.net, 10 novembre 2015)

Distribution de confiseries dans la ville de Syrte (Site Internet affilié à l'Etat islamique www.csnw.tk, 15 novembre 2015)

Distribution de confiseries dans la ville de Syrte (Site Internet affilié à l'Etat islamique www.csnw.tk, 15 novembre 2015)

Mohammed Emwazi, alias John le Jihadiste (almnatiq.net, 13 novembre 2015).

Mohammed Emwazi, alias John le Jihadiste (almnatiq.net, 13 novembre 2015).

Mohammed Emwazi (almnatiq.net, 13 novembre 2015)

Mohammed Emwazi (almnatiq.net, 13 novembre 2015)


Principaux points

  • La semaine écoulée a été marquée par les fusillades et les attentats suicide effectués par l'Etat islamique à Paris par huit terroristes dans six lieux différents. Au moins 130 personnes ont été tuées dans les attaques terroristes. Cette opération, qui a été soigneusement planifiée et dirigée par l'Etat islamique, est une déviation du modus operandi traditionnel de l'organisation dans les pays occidentaux. L'attaque de Paris a été précédée par deux autres attaques meurtrières (l'interception d'un avion russe et un attentat suicide dans la banlieue Sud de Beyrouth contrôlée par le Hezbollah). Ces attaques témoignent des capacités opérationnelles de l'Etat islamique pour mener à bien des attaques complexes à divers endroits loin de ses bastions de pouvoir en Syrie et en Irak. Les attaques ont été suivies par une campagne médiatique de l'Etat islamique menaçant de mener des attaques supplémentaires contre la France et d'autres pays occidentaux.
  • En attendant, l'Etat islamique a subi quelques échecs douloureux sur le terrain : en Irak, les forces kurdes ont libéré la région de Sinjar et ont coupé la route d'approvisionnement principale entre Mossoul et Al-Raqqah ; en Syrie, l'armée syrienne a marqué quelques succès à l'Est et au Sud d'Alep. En outre, plusieurs responsables de l'Etat islamique ou affiliés à l'organisation ont été tués : Abu Ali al-Baridi, le commandant de la Brigade Shuhada al-Yarmouk, affiliée à l'Etat islamique, qui opère dans le Sud du plateau du Golan, a été tué dans un attentat suicide initié par le Front Al-Nusra; le terroriste britannique appelé John le Jihadiste a été tué dans un raid aérien américain dans les environs  de la ville d'Al-Raqqah ; et Wissam Abd al-Zubaydi, le chef de l'Etat islamique en Libye, a été tué dans un raid aérien américain dans la région de Derna. Ces frappes sont une atteinte opérationnelle et médiatique à l'Etat islamique et sont susceptibles de l'inciter à commettre de nouvelles attaques de masse en dehors de la Syrie et de l'Irak. 

 

La campagne internationale contre l'Etat islamique

Frappes des Etats-Unis et des pays de la coalition
  • Cette semaine, les forces américaines et les pays de la coalition ont poursuivi leurs frappes aériennes contre des objectifs de l'Etat islamique. Pendant la semaine, quelques dizaines de raids aériens ont été effectués au moyen d'avions de chasse, d'avions de combat et de drones. Ci-après les principales attaques (Site Internet du Département américain de la Défense, 12 novembre 2015) :
  • Syrie– Les frappes aériennes ont été concentrées dans les zones d'Al-Hawl (Est d'Al-Hasakah), Palmyre, Al-Raqqah, Abu Kamal, et Deir al-Zor. Les frappes aériennes ont ciblé des unités tactiques, des bâtiments et un membre de l'Etat islamique.
  • Irak – Les frappes aériennes ont été concentrées dans les zones de Haditha, Kisik (Ouest de Mossoul), Ramadi, Sinjar, Baiji, Mossoul et Tal Afar (Ouest de Mossoul). Les frappes aériennes ont ciblé des positions d'assaut, un centre de commandement et de contrôle, des positions, des bunkers, un pont, des entrepôts d'armes, des aires de repos pour les membres de l'Etat islamique, des véhicules, des armes, des engins explosifs improvisés artisanaux et des voitures piégées de l'organisation.
  • Le porte-parole des forces de la coalition a déclaré que jusqu'au 12 novembre 2015, les forces de la coalition menées par les États-Unis ont effectué 8,125 frappes aériennes contre des cibles de l'Etat islamique en Syrie et en Irak. Sur ces frappes aériennes, 5321 ont été menées en Irak et en 2804 en Syrie (Site Internet du Département américain de la Défense, 12 novembre 2015).
  • Ci-après les détails concernant les objectifs qui ont été détruits ou endommagés dans les frappes aériennes : 126 chars, 354 véhicules Hummer, 561 avant-postes, 3.956 bâtiments, 3930 positions de combat, 232 installations pétrolières, 4.622 autres cibles (Département américain de la Défense, sur la base des informations du CENTCOM, 8 octobre 2015). Le coût de la campagne contre l'Etat islamique a atteint les 5 milliards de dollars (Département américain de la Défense, 31 octobre  2015).
Frappes de l'armée de l'air française contre des cibles à al-Raqqah
  • Le 15 novembre 2015, douze avions français ont effectué un raid aérien contre des cibles  de l'Etat islamique dans la ville d'Al-Raqqah, la "capitale" de l'organisation en Syrie. Selon des rapports, les Français ont effectué une autre frappe aérienne à Al-Raqqah dans la nuit du 16 au 17 novembre 2015. Le raid aérien a été effectué suite aux attentats terroristes de Paris.Les sites qui ont été attaqués dans le premier raid aérien incluaient un siège, un centre de recrutement, une armurerie et un camp d'entraînement. Selon des sources proches selon nous de l'Etat islamique, des cibles civiles comme un stade, des musées et les bâtiments abritant des entités politiques ont été attaquées.
  • Selon le New York Times, la décision de l'attaque a été prise le 14 novembre 2015, lors d'une réunion du Président français avec l'équipe de sécurité nationale. Le raid aérien a été effectué en coordination avec les forces américaines, qui ont fourni aux Français des renseignements sur des cibles de l'Etat islamique en Syrie (nytimes.com, 15 novembre 2015).
Implication russe dans la guerre civile syrienne
  • Selon Alexander Bortnikov, le chef du service fédéral de sécurité de la Fédération de Russie (FSB), le crash de l'avion russe dans le Sinaï a été causé par l'explosion d'un engin piégé pensant environ un kilogramme. Il a ajouté qu'il s'agissait certainement d'un acte de terrorisme (ITAR-TASS, Spoutnik). En conséquence, le Président russe Vladimir Poutine a annoncé (17 novembre 2015) que son pays allait étendre ses frappes aériennes contre l'Etat islamique en Syrie.
  • Pendant la semaine écoulée, les jets de l'armée de l'air russe ont effectué un grand nombre de frappes aériennes en Syrie. Selon nous, la  plupart des frappes n'ont pas visé des cibles de l'Etat islamique. Les frappes aériennes ont été concentrées sur les zones d'Alep, d'Idlib, de Homs, Lattaquié, Damas, Daraa et Deir al-Zor. Selon le porte-parole du ministère russe de la Défense Igor Konashenkov, les frappes aériennes ont endommagé des postes d'observation et de combat, des réservoirs de carburant et des dépôts de munitions, des armes, des ateliers de fabrication de munitions et d'engins explosifs improvisés, des camps d'entraînement, des avant-postes et des sites fortifiés de l'Etat islamique (rt.com, 13 novembre 2015).
  • Le 14 novembre 2015, des photos de la Province d'Al-Raqqah de l'Etat islamique ont été publiées, montrant les résultats de frappes aériennes effectuées par des avions russes contre la ville d'Al-Raqqah. Les photos montrent des bâtiments détruits, du feu et de la fumée s'élevant de gravats, et un cratère formé dans le sol (muslims-news.net, 14 novembre 2015).
  • Selon le service fédéral russe de sécurité (FSB), 7000 citoyens de l'ex-URSS ont quitté le pays et rejoint l'Etat islamique en Syrie et en Irak.Selon nous, ce grand nombre d'individus a le potentiel d'effectuer des actes de terrorisme et de subversion en Russie et dans le Caucase à leur retour dans leur pays d'origine après les combats en Syrie.
  • Selon le procureur général russe Iouri Chika, la Russie a intensifié le suivi des transferts d'argent en provenance de Russie vers des pays où se déroule une activité terroriste. Il a tenu ces propos lors d'une conférence de l'Union internationale des procureurs de l'Europe centrale et orientale et d'Asie de l'Est. Selon lui, l'augmentation de la surveillance des transferts d'argent vers les zones contrôlées par les groupes terroristes permettra à la Russie d'arrêter les terroristes en utilisant des outils juridiques. Chika a souligné que la Cour suprême russe a désigné l'Etat islamique et le Front Al-Nusra organisations terroristes (TASS, 10 novembre 2015).

Principaux développements en Syrie

La province d'Alep

Dans la zone rurale d'Alep, l'armée syrienne a marqué plusieurs accomplissements depuis début Novembre. L'armée syrienne a réussi à prendre le contrôle de la ville importante d'Al-Safirah, au Sud-Est d'Alep (début Novembre 2015) et à lever le siège sur la base aérienne militaire de Kuweyres (10 novembre 2015). L'armée syrienne aurait également avancé vers l'autoroute qui relie Alep à Idlib (12-13 novembre 2015). Cependant, les combats sont toujours en cours entre l'armée syrienne et les organisations rebelles de la région rurale du Sud d'Alep. Selon des rapports publiés sur les réseaux sociaux, le commandant de la Force Qods, Qassem Soleimani, se trouve actuellement au Sud d'Alep. La Force Qods assure le commandement des forces de l'Iran, du Hezbollah et des milices chiites, et coordonne l'offensive avec l'armée syrienne[1].

 

  • Les membres de l'Etat islamique tentent de faire pression sur les troupes de l'armée syrienne à la base aérienne militaire de Kuweyres, en faisant exploser des voitures piégées et en tirant des obus de mortier. Selon la Province d'Alep de l'Etat islamique, deux attaques ont été menées, durant lesquels deux voitures piégées ont explosé. Selon l'annonce, plus de 50 combattants de l'armée syrienne  ont été tués et blessés dans ces explosions.
  • Les organisations rebelles, dont la plus importante est le Front al-Nusra, concentrent actuellement des forces importantes dans la zone rurale d'Alep pour mener une contre-attaque. Ces forces comprennent plus de 6.000 combattants équipés de véhicules blindés et d'armes anti-char (Compte Twitter affilié au Front Al-Nusra, 14 novembre 2015). Plusieurs organisations rebelles, y compris Jaysh al-Fatah et Ahrar al-Sham, ont déclaré l'état d'urgence et ont appelé à une mobilisation générale pour protéger la zone rurale du Sud d'Alep (Al-Mayadeen, 17 novembre 2015).
Capture de membres du Hezbollah par le Front al-Nusra
  • Le 15 novembre 2015, le Front Al-Nusra a annoncé la capture de trois membres du Hezbollah pendant les combats qui ont lieu dans la région rurale du Sud d'Alep. Les trois activistes ont été "interviewés" à des fins de propagande dans des vidéos publiées par la branche information du Front Al-Nusra. Selon Mohammed Mahdi Shu'aib, l'un des activistes, l'opération dans la zone rurale d'Alep a été réalisée sous le commandement du commandant de la Force Qods Qassem Soleimani. Selon lui, des combattants iraniens se trouvent dans la région, ainsi que des combattants irakiens et des membres du Hezbollah libanais. Il a ajouté que chacune de ces forces se bat sur un front différent. Selon lui, l'armée syrienne a une présence limitée sur le terrain et ne joue pas un rôle important dans les batailles. Selon un autre membre du Hezbollah, Hassan Nazih Taha, les Iraniens commandent les opérations militaires tandis que les combattants sont des Irakiens, des Afghans et des agents du Hezbollah (Télévision Al-Jazeera, 15 novembre 2015).
Région de Hama
  • Dans la zone rurale du Nord de Hama, les combats violents autour de la ville de Morek (environ 26 km au Nord de Hama) ont continué cette semaine. Les batailles opposent l'armée syrienne et diverses organisations, y compris les factions rebelles islamiques jihadistes (notamment Jund al-Aqsa, un groupe qui a fait scission du Front Al-Nusra). Le 13 novembre 2015, le compte Twitter officiel de Jund al-Aqsa a publié des vidéos montrant la prise de contrôle d'un avant-poste syrien par des membres de Jund al-Aqsa au Sud-Est de Morek. Le présentateur de la vidéo y déclarait que l'organisation a tué 20 membres du Hezbollah et exprimait son espoir qu'elle progressera vers Soran et de là vers Hama (Compte Twitter officiel de Jund al-Aqsa, 13 novembre 2015).
Province de Homs
  • Des combats ont eu lieu à l'Ouest de Palmyre entre l'armée syrienne et l'Etat islamique. Selon un rapport publié par Aamaq, la branche information de l'Etat islamique le 14 novembre 2015, 50 soldats de l'armée syrienne ont été tués et quatre véhicules blindés ont été détruits, après la détonation d'engins explosifs improvisés déposés par des membres de l'Etat islamique sur l'autoroute à l'Ouest de Palmyre. L'Etat islamique a également indiqué que ses membres avaient pris le contrôle de deux barrages et de positions des forces du régime syrien dans une chaîne de montagnes à l'Ouest de Palmyre (Aamaq, 14 novembre 2015).
Province de Deraa
  • La Brigade Shuhada al-Yarmouk (Brigade des martyrs d'Al-Yarmouk), un cadre militaire affilié à l'Etat islamique qui opère dans le Sud du Golan syrien, a subi un sérieux revers cette semaine lorsque le Front Al-Nusra a réussi à éliminer son haut commandement. Le 15 novembre 2015, le commandant de Shuhada al-Yarmouk Abu Ali al-Baridi, alias "l'oncle Abu Ali" (Al-Khal Abu Ali), a été éliminé. Deux hauts commandants de la brigade ont été tués avec lui, par un terroriste suicide du Front al-Nusra dans la ville de Jumla (31 km au Nord-Ouest de Daraa). L'attentat suicide a été réalisé au cours d'une réunion des commandants de la brigade. Les membres du Front al-Nusra ont célébré l'élimination d'Al-Baridi en tirant des coups de feu en l'air (syriahr.com, 15 novembre 2015).
  • Sur sa page Twitter, le bureau d'information de la Brigade Shuhada Al-Yarmouk a annoncé la mort du commandant de la brigade, avec deux autres membres L'annonce présence que l'organisation a nommé un nouveau commandant ("émir"), appelé Abu Obeida Qahtan. Les membres de la brigade lui ont prêté serment (Page Twitter du bureau d'information de la Brigade Shuhada Al-Yarmouk, bwabtk.com, 15 novembre 2015).
  • Après l'élimination du commandant de la brigade, ses membres ont apparemment tenté de prendre le contrôle de plusieurs villages dans la zone rurale de Daraa aux mains du Front Al-Nusra. Ils ont conquis le village de Saham al-Jawlan (Nord-Ouest de Daraa), mais quelques heures plus tard, des membres du Front Al-Nusra ont réussi à en reprendre le contrôle. Au moins 18 activistes de la Brigade Shuhada al-Yarmouk et 13 membres du Front Al-Nusra et d'autres organisations islamistes ont été tués dans ces combats (Syriahr.com, 15 novembre 2015).

Principaux développements en Irak

Libération de Sinjar du contrôle de l'Etat islamique
  • La semaine a été marquée par la libération par les forces kurdes de la ville de Sinjar et de la région environnante du contrôle de l'Etat islamique.  La ville a été libérée par les combattants kurdes peshmergas, assistés par des combattants yazidis, avec le soutien aérien de la coalition menée par les Etats-Unis. Les forces kurdes auraient repris environ 150 kilomètres carrés à l'Etat islamique dans la région de Sinjar. Elles contrôlent désormais des endroits clés sur l'autoroute 47, la route d'approvisionnement principale entre Al-Raqqah (la "capitale" de l'Etat islamique en Syrie) et Mossoul (la "capitale" de l'organisation en Irak). Les forces kurdes seraient prêtes à reprendre la ville de Tal Afar, entre Sinjar et Mossoul.
  • La ville de Sinjar et toute la région ont été occupées par l'Etat islamique en Août 2014, au cours d'une série d'accomplissements de l'organisation en Irak. Sinjar est le foyer de la communauté irakienne yazidie, dont les membres ont été assassinés, violés et vendus en esclavage par l'Etat islamique. Selon les rapports, après la reprise de Sinjar par les forces kurdes, une tombe contenant les corps de 78 femmes a été découverte.
  • Suite à la reprise de Sinjar et à l'installation du drapeau kurde dans le centre-ville, Massoud Barzani, président de la région du Kurdistan, a convoqué une conférence de presse. Il a salué les forces qui ont repris Sinjar, a remercié la coalition et les États-Unis pour leur l'assistance et a déclaré que la guerre contre l'Etat islamique était non seulement la guerre des Kurdes, mais aussi la guerre de toute la communauté internationale.
  • La reprise de Sinjar par les forces kurdes marque une nouvelle défaite pour l'Etat islamique en Irak, après la reprise des villes de Tikrit et de Baiji par l'armée irakienne et les milices chiites. Elle témoigne de l'arrêt de la dynamique de succès de l'Etat islamique, du moins en Irak, alors que l'organisation perd progressivement des sites importants face à l'armée irakienne, aux milices chiites soutenues par l'Iran, et aux forces kurdes. Au niveau opérationnel, le contrôle de l'autoroute 47, principale route entre Mossoul et Al-Raqqah, devrait compliquer le déplacement de membres et de fournitures de l'organisation entre l'Irak et la Syrie, même si elle ne l'empêchera pas entièrement (il existe d'autres routes reliant l'Irak à la Syrie). La reprise de Sinjar symbolise aussi l'importance des forces kurdes comme un allié fiable et efficace, et illustre leur grande contribution à l'effort de guerre contre l'Etat islamique, à la fois en Irak et en Syrie.
La province d'Al-Anbar
  • Les combats entre l'armée irakienne et les membres de l'Etat islamique dans le secteur de la ville de Ramadi et la région environnante continuent : le 12 novembre 2015, l'Etat islamique a publié une vidéo des combats à l'Est de Ramadi. La vidéo montre une bataille qui a eu lieu tard dans la nuit et a continué jusqu'à l'aube. Pendant la bataille, les membres de l'Etat islamique ont repris un poste de l'armée irakienne (archive.org, 12 novembre 2015). De plus, le 15 novembre 2015, l'Etat islamique a publié plusieurs photos de tirs de roquettes sur des bases de l'armée irakienne au Nord de Ramadi (www.csnw.tk, 15 novembre 2015).
  • Le 15 novembre 2015, l'Etat islamique a publié des photos du tir d'un missile antichar Kornet sur un Hummer de l'armée irakienne près de la ville de Haditha, dans la province occidentale d'Al-Anbar (Akhbar al-Muslimeen, 15 novembre 2015).
Ville de Bagdad

L'Etat islamique continue d'effectuer des attentats suicide contre des cibles chiites à Bagdad (quartiers résidentiels, concentrations de milices chiites). Le 13 novembre 2015, l'organisation a revendiqué la responsabilité de trois attentats suicide contre des cibles chiites dans la ville de Bagdad. Selon l'Etat islamique, trois terroristes portant des ceintures d'explosifs se sont fait exploser dans des bases des milices chiites qui soutiennent l'armée irakienne. Selon l'Etat islamique, une soixantaine de personnes ont été tuées dans ces attaques et des dizaines ont été blessées (Aamaq, 13 novembre 2015).

Attentats suicide de l'Etat islamique au Liban et en France

Liban [2]
  • Le 12 novembre 2015 dans la soirée, l'Etat islamique a effectué une attaque terroriste dans une banlieue chiite du Sud de Beyrouth contrôlée par le Hezbollah. Quarante-trois personnes ont été tuées, la plupart des passants, et environ 240 personnes ont été blessées (selon Al-Jazeera, citant le ministère libanais de la Santé). Les explosions ont également provoqué des dégâts considérables. Les attaques ont été menées par deux terroristes suicide portant des ceintures d'explosifs, qui se sont fait exploser presque simultanément près de l'hôpital Al-Rassoul al-Aazam.
  • L'Etat islamique au Liban a revendiqué la responsabilité de l'attaquepar l'intermédiaire des réseaux sociaux, dans une annonce publiée le 12 novembre 2015. Selon l'annonce, des membres de l'Etat islamique ont réussi à effectuer une attaque dans le bastion du Hezbollah de Burj al-Barajneh à l'aide d'une moto piégée, en visant les zones surpeuplées de la banlieue Sud de Beyrouth (muslims-news.net, 12 novembre 2015). Selon le ministre libanais de l'Intérieur, cinq terroristes étaient censés participer à l'attaque.[3]
  • Il s'agit du premier attentat suicide perpétré dans la banlieue Sud de Beyrouth, fief du Hezbollah, depuis l'été 2014.[4] Il s'agit également de la plus grave attaque commise au Liban depuis le début de l'implication du Hezbollah dans les combats en Syrie. Pendant une période relativement longue, les réalisations de l'armée syrienne et du Hezbollah dans les montagnes de Qalamoun et les mesures de prévention du Hezbollah au Liban en général et à Beyrouth en particulier ont entravé les capacités militaires de l'Etat islamique et des autres organisations jihadistes, et les ont empêchés de mener leurs attaques terroristes planifiées dans les quartiers chiites de Beyrouth. Cette fois, cependant, l'Etat islamique a réussi à mener à bien un attentat suicide au cœur de la forteresse du Hezbollah, causant de nombreuses victimes.
France[5]
  • Le 13 novembre 2015 dans la nuit, l'Etat islamique a effectué une attaque terroriste coordonnée dans six endroits dans Paris. Trois escadrons ont réalisé l'attaque, impliquant huit terroristes. Selon le Procureur de Paris François Molins, au moins 130 personnes ont été tuées. Trois cent cinquante-deux personnes ont été blessées, dont 99 gravement. Il s'agit de la pire attaque terroriste commise sur le sol français depuis la Seconde Guerre mondiale et d'un événement majeur pour les Français. Il s'agit également de la plus importante attaque commise par l'Etat islamique en Occident. L'organisation a revendiqué la responsabilité de l'attaque et a lancé une campagne médiatique menaçant la France et d'autres pays occidentaux de nouvelles attaques.
  • Le modus operandi de l'attaque différait des opérations de l'Etat islamique en Occident. Depuis le début des attaques de la coalition menées par les Etats-Unis contre l'Etat islamique, et jusqu'à récemment, les attaques de l'Etat islamique dans les pays occidentaux étaient simples du point de vue opérationnel et impliquaient pour la plupart des terroristes isolés n'agissant pas sous les ordres directs de l'organisation ou avec son soutien direct. L'attaque de Paris a apparemment été planifiée et dirigée par des membres de l'Etat islamique en Syrie.
  • La réalisation d'une telle attaque nécessite un autre type de planification opérationnelle, logistique et de renseignement. La Belgique a servi de centre logistique aux assaillants. Les terroristes qui ont perpétré l'attaque ont également profité d'une infrastructure opérationnelle et logistique en France et les forces de sécurité françaises tentent d'exposer et d'arrêter des terroristes supplémentaires impliqués dans l'attaque.
  • L'attaque de Paris est considérée par l'Etat islamique comme un succès opérationnel et un bonus pour son image. Elle s'ajoute à ses deux précédents "succès" : l'attentat suicide dans la banlieue chiite du Sud de Beyrouth contrôlée par le Hezbollah (43 morts) et l'attentat contre l'avion russe dans la péninsule du Sinaï (224 morts).Ces trois attaques terroristes, réalisées dans un laps de temps relativement court de deux semaines, témoignent des capacités opérationnelles de l'Etat islamique, qui est capable de mener des attaques complexes dans divers endroits loin de ses bases de pouvoir en Syrie et en Irak. Ces succès pourraientencourager l'Etat islamique à mener des attaques  supplémentaires pour dissuader ses ennemis et réduire la pression dont il est l'objet dans les zones de combat en Irak et en Syrie.

L'Egypte et la péninsule du Sinaï

  • Pendant la semaine, les forces de sécurité égyptiennes ont poursuivi leurs activités militaires contre la branche de l'Etat islamique dans le Sinaï. Elles ont mené une activité intense à Rafah, à Cheikh Zoweid et Al-Arish. Les forces de sécurité égyptiennes ont également entouré Jabal al-Magharah dans le Centre du Sinaï, où s'étaient enfuis des jihadistes du Nord du Sinaï. Dans cette opération, des dizaines de jihadistes ont été tués, des dizaines de suspects ont été arrêtés, des armes ont été saisies et de nombreux engins explosifs improvisés ont été neutralisés (Al-Masri Al-Youm, Al-Watan, 16 novembre 2015).
  • Le 12 novembre 2015, la Province du Sinaï de l'Etat islamique a publié un résumé des résultats des attaques menées contre l'armée égyptienne dans le Sinaï au cours de l'année écoulée : plus de 140 véhicules ont été détruits ainsi que deux sièges et plus de 30 appartements, et plus de 1.000 soldats et officiers ont été tués (Akhbar al-Muslimeen, 12 novembre 2015). Le 15 novembre 2015, l'Etat islamique a publié une vidéo détaillant les dégâts causés aux forces de sécurité égyptiennes (destruction d'armes, morts de soldats et de collaborateurs égyptiens, saisie de grandes quantités de butin). Il s'agit de rapports tendancieux destinés à des fins de propagande et les chiffres présentés ne sont pas fiables. Cependant, ces rapports montrent que la branche de l'Etat islamique dans la Péninsule du Sinaï mène des combats intenses contre les forces de sécurité égyptiennes, et connaît des réalisations non négligeables.
  • Le 10 novembre 2015, la Province du Sinaï de l'Etat islamique a publié une vidéo intitulée "Puis ils seront vaincus", montrant un présentateur masqué qui affirme que l'Etat islamique vaincra l'armée égyptienne. A la fin de la vidéo, le présentateur mentionne également les Juifs et l'Etat d'Israël, avec un message menaçant Israël. Il y affirme qu'Israël ne doit pas espérer que la lutte contre les "queues des infidèles" (cf., l'armée égyptienne) va inciter l'organisation à ne pas s'occuper d'Israël : "Absolument pas! Nous allons renouveler les attaques punitives sur Um Rashrash [cf., la ville israélienne d'Eilat] bientôt, très bientôt". L'orateur continue de menacer : "Vous serez désolés pour tout ce que vous avez fait aux musulmans… Vous serez étonnés de découvrir que la nation [islamique] que vous avez essayé pendant des décennies d'éliminer s'est réveillée afin de vous combattre et de vous anéantir" (Akhbar al-Muslimeen, 10 novembre 2015)

Le jihad islamique dans les autres pays

Libye
Mort d'un responsable de l'Etat islamique en Libye dans une élimination ciblée
  • Le chef ("l'émir") de la branche de l'Etat islamique en Libye, Wissam Abd al-Zubaydi, alias Abu Nabil Al-Anbari, a été tué cette semaine dans une élimination ciblée. Selon la presse, il a été tué dans un raid aérien effectué par des avions américains sur Derna (Est de la Libye). Selon les rapports, Abu Nabil al-Anbari a récemment été nommé émir de la branche de l'Etat islamique en Libye par le chef de l'organisation Abu Bakr al-Baghdadi. Il est considéré comme un proche collaborateur d'Al-Baghdadi et était impliqué dans les attaques de l'Etat islamique l'année dernière sur Tikrit et Baiji après la prise de contrôle de Mossoul.
  • Al-Anbari a fondé la branche de l'Etat islamique en Libye et, selon divers rapports, il était le gouverneur de la province de Barqa. Le Département américain de la Défense a confirmé que la frappe aérienne, menée par un F-15, était dirigée contre un commandant de l'Etat islamique à la citoyenneté irakienne agissant en Libye, sans fournir plus de détails (Akhbar Libya 24, Département américain de la Défense, 10 novembre 2015).
Réactions de joie à Syrte après l'attaque de Paris
  • L'Etat islamique a publié plusieurs photos de Syrte, qui est sous son contrôle, montrant un membre distribuant des confiseries aux passants en signe de joie après les attentats terroristes de Paris (Site Internet affilié à l'Etat islamique, www.csnw.tk, 15 novembre 2015).
Rapport sur la collecte de fonds à Syrte
  • Selon des sources dans la ville de Syrte, le bastion de l'Etat islamique en Libye, l'organisation a ordonné à plusieurs combattants étrangers decollecter des fonds auprès des résidents locaux. Les sources ont précisé que cinq membres de l'organisation étaient arrivés à Syrte de Syrie et d'Irak il y a environ deux semaines, afin de recueillir une grande quantité d'or, de dollars américains et de livres égyptiennes. Les membres, de diverses nationalités (y compris du Tadjikistan et de l'ex-Union soviétique, ainsi que de Syrie et d'Irak), sont arrivés à Syrte sous l'égide de Bachar Ali Abdallah al-Ansari (Ain Libye, 12 novembre 2015).

Activités de contre-terrorisme

Elimination de John le Jihadiste dans une frappe aérienne
  • Le 13 novembre 2015, le porte-parole du Pentagone Peter Cook a annoncé que Mohammed Emwazi, alias John le Jihadiste, avait été tué dans un raid aérien dans la ville d'Al-Raqqah. Emwazi était "spécialiste" dans la décapitation des otages occidentaux capturés par l'Etat islamique. Agé de 26 ans, né au Koweït, il était arrivé avec sa famille en Grande-Bretagne en 1994 et a été diplômé de l'Université de Westminster en 2009. En 2013, il a rejoint les rangs de l'Etat islamique en Syrie et est ensuite devenu le bourreau des otages occidentaux.
  • L'annonce de la mort de John le Jihadiste n'a pas encore été corroborée. Selon un rapport du Département américain de la Défense, John le Jihadiste a certainement été tué, tandis que le secrétaire d'Etat américain a déclaré que les Etats-Unis vérifiaient encore s'il a été tué dans le raid aérien. Le Premier ministre britannique David Cameron a également noté que la Grande-Bretagne n'était toujours pas certaine que John le Jihadiste était bel et bien mort.
Rapport sur un attentat de l'Etat islamique déjoué à Istanbul
  • Le 15 novembre 2015, le site Internet Russia al-Yawm a rapporté que selon un rapport des sources de sécurité turques, le 13 novembre 2015, cinq "extrémistes" ont été arrêtés, y compris un ressortissant britannique, Aine Lesley Davis, proche de John le Jihadiste (récemment éliminé). Les cinq, qui avaient traversé la frontière de la Syrie vers la Turquie au cours de la semaine dernière, sont soupçonnés d'avoir voulu mener des attaques semblables à celles commises à Paris le jour de leur arrestation (Arabic.rt.com, 15 novembre 2015).

Guerre de propagande

Menaces de l'Etat islamique contre la Russie
  • La branche information de l'Etat islamique (Al-Hayat Media Center) a récemment publié une vidéo en russe (avec des sous-titres anglais) dans laquelle l'Etat islamiquemenace d'attaquer des cibles en Russie. La vidéo précise, entre autre : "Nous allons reprendre le Caucase, nous ne permettrons pas le règne des forces obscures une fois de plus. Le Kremlin va être le nôtre, nous récupérerons [les montagnes de] l'Oural… La ville russe [de Moscou] tremblera à nos cris "Allah Akbar" (12 novembre 2015).

[1]Des photos de Qassem Soleimani dans la ville d'Al-Hader, au Sud d'Alep, ont été publiées sur Twitter et Facebook. Les photographies le montrent avec des membres de l'une des milices chiites irakiennes gérées par la Force Qods (le mouvement Al-Nujaba).
[2]Le ministre libanais de l'Intérieur Nouhad Machnouk a affirmé lors d'une conférence de presse que, selon le plan initial de l'Etat islamique, cinq terroristes suicide étaient censés participer à l'attaque. Selon lui, les mesures de sécurité prises le long de la frontière syro-libanaise ont empêché deux autres terroristes d'entrer au Liban, tandis qu'un troisième a été capturé au Nord du Liban (Youtube, 16 novembre 2015).
[3]Pour plus de détails sur l'attentat terroriste au Liban, voir notre article du 15 novembre 2015 intitulé : "Attentat de masse de l'Etat islamique dans la banlieue chiite du Sud de Beyrouth", à l'adresse http://www.terrorism-info.org.il/fr/article/20908
[4]Le 25 juin 2014, un attentat suicide a été commis à l'hôtel Du Roy de Beyrouth. Six mois plus tôt (2 janvier 2014), un attentat suicide avait visé la banlieue Sud de la ville, à proximité de plusieurs institutions du Hezbollah.
[5]A ce sujet, voir notre article (en anglais) du 17 novembre 2015 intitulé : "ISIS Terrorist Attack in Paris -Initial Overview and Implications -(Updated to November 16, 2015)", à l'adresse http://www.terrorism-info.org.il/en/article/20910